|
English version
Togo-
transition democratique bloquee
Traduit de l'anglais par Mamoudou Gazibo
Le Togo est présentement à la croisée des chemins en raison de
l'annonce de Eyadéma de son intention de quitter le pouvoir aux
prochaines élections présidentielles de 2003.
La situation politique est actuellement caractérisée par la
cooptation, l'intimidation et l'élimination des principaux acteurs de
l'opposition. Le président Eyadéma est originaire d'un groupe ethnique
minoritaire Kabré au Nord du pays alors que l'opposition est issue du
groupe ethnique sudiste Ewé.
La
population togolaise comprend trente six groupes ethniques mais se caractérise
par un clivage Nord-Sud. La population du Sud est dominée par les Ewé
qui représentent 45% de la population togolaise. On peut identifier également
d'autres groupes ethniques notamment les Mina (venus du Ghana au 17è siècle),
les Ana (originaires de la migration Yoruba du Sud-Ouest du Nigeria vers
le Togo à partir du 13è siècle), Les Akposso (producteurs du café et
cacao du plateau dans la région Ouest de Atakpamé), et les Bassar (au
centre du pays). Le Nord est quant à lui peuplé majoritairement des
Kotokoli et des Kabré faisant environ 30% de la population dont la
plupart sont des pauvres paysans vivant dans les régions de Sokodé,
Bafilo et Kara. Le Nord abrite également les Lamba, Les Losso et les
Tchokossi (musulmans venus de la Côte d'Ivoire au cours du 18è siècle.
Les Ewé, Mina et Ana forment l'élite commerciale, politique et
intellectuelle du Togo. Du fait de leur proximité des côtes, ils étaient
les premiers à être en contact avec les marchands européens et ont par
la suite plus bénéficié des avantages commerciaux et éducatifs par
rapport au Nord. Avec l'avènement de la colonisation, ils ont alors été
recrutés pour assurer les fonctions administratives qualifiées de nécessaires
à la gestion efficace de l'Etat colonial.
Parmi
les populations du Nord, plusieurs groupes ethniques sont venus du Burkina
au cours du 17è et 18è siècles et se sont, tout au long de leur
progression, mixés avec les populations locales. Malgré la politique de
développement de Eyadéma, beaucoup de Nordistes vivent encore d'une
agriculture de subsistance. On peut également citer parmi eux des
Hausa-Fulani.
Les
causes historiques de la crise politique actuelle
Le
territoire qu'occupe le Togo actuel, autrefois situé entre les deux
puissants empires d'Ashanti (Ghana) à l'Ouest et Dahomey (Bénin) à
l'Est possède une riche histoire. Le royaume d'Oyo du Sud-Ouest du
Nigeria a atteint les confins sud du Togo actuel à travers le Dahomey
lors de son apogée au 19è siècle. Cependant, contrairement aux autres
pays de l'Afrique de l'Ouest qui étaient sous l'influence européenne
depuis le 16è siècle, le Togo a été laissé à lui même jusqu'à la
fin du 19è siècle. Les régions côtières du pays, les premières à être
découvertes par les Européens au 15è siècle ont néanmoins été
utilisées pour le commerce d'esclaves à travers les ports de Kéta et
Aného.
En 1884, une délégation allemande conclu un accord avec un Chef local,
menant finalement à la colonisation d'un long mais minuscule morceau de
terre allant vers le Nord jusqu'aux alentours du fleuve Niger, bien
qu'elle ne soit jamais allée aussi loin car la construction d'un pont
d'appui sur le fleuve était l'un des objectifs majeurs du pouvoir
colonial allemand.
Pendant la première
guerre mondiale, les forces alliées franco-anglaises ont marqué leur
première victoire sur les Allemands par la conquête du Togo en 1914. A
la fin de la guerre, le Togo a été divisé en deux protectorats placés
l'un sous le contrôle de la France et l'autre sous le contrôle du
Royaume Uni. La partie Ouest était ainsi administrée par les
britanniques à partir de la Gold Coast (Ghana) et l'Est (correspondant au
Togo actuel) devint un territoire français. Ce partage a fendu le groupe
ethnique Ewé en deux et déclencha par ce fait le nationalisme Ewé dégageant
des tendances prônant l'unification sous la coordination du Comité de
l'Unité Togolaise (CUT) présidé par Sylvanus Olympio. Après le référendum
de 1956, la partie britannique a été officiellement rattachée à la
Gold Coast. La France organisa alors rapidement des élections qui firent
du Togo une république autonome mais membre de la communauté française.
Craignant des ambitions britanniques sur la partie française et les idées
panafricanistes de Nkrumah de la Gold Coast, les Français ont favorisé
l'arrivée au pouvoir de leur allié, le conservateur Nicolas Grunitzki en
1956. Sa victoire a aussi été facilitée, en partie, par l'alliance
entre son parti, le Parti Togolais du Progrès (PTP) et l'Union des Chefs
et des Populations du Nord (UCPN).
Après
la chute de la République autonome de Grunitzky en 1958, le Président
Sylvanus Olympio devint le premier président du Togo indépendant en 1960
à la suite des élections supervisées par les Nations Unies. Celui-ci
adopta une politique étrangère non alignée et s'efforça de conduire
son pays vers une indépendance économique vis à vis de la France. Ses
tentatives furent cependant marquées que par une courte période de prospérité
menant à une accentuation de l'opposition populaire à son régime. Ces
différends avec NKrumah du Ghana provoqués par leurs divergences sur
l'unification Ewé ont entre temps causé la fermeture de la frontière
entre les deux pays. Cela a davantage détérioré les conditions de vie
des commerçants de Lomé et des alentours. Ainsi, son goût de plus en
plus prononcé pour l'autoritarisme matérialisé par la transformation en
1962 de son parti, le CUT, en parti unique, son insouciante politique économique
austère et son anti-militarisme vont plus tard paver la voie au coup
d'Etat de Eyadéma en 1963
Pourquoi
Eyadéma était-il intervenu ?
Eyadéma
était rentré en 1963 de la guerre d'Algérie où il avait combattu avec
d'autres soldats togolais aux côté des Français contre les indépendantistes
algériens. Ils n'ont cependant pas été réintégrés dans l'armée
togolaise à cause de ce que Olympio qualifiait de trahison envers un
mouvement de libération africain. Ce refus a été largement perçu comme
étant moins lié à leur participation à la guerre d'Algérie qu'à leur
appartenance nordiste. Une analyse rétrospective permettrait de constater
que Olympio avait commis la cruciale erreur de forcer ces soldats avec
leurs fraîches expériences du combat à retourner dans la misère du
Nord.
Les
facteurs socio-économiques ont certainement amené les soldats nordistes
à entreprendre une action militaire contre le régime. Les populations côtières
du Sud à dominance Ewé ont naturellement établit des relations plus étroites
avec les Européens et s'adaptèrent à leur influence économique et
social. Le Nord quant à lui demeura hostile à la domination coloniale et
finit par être marginalisé du processus de développement. Le clivage
Nord-Sud s'est cristallisé pendant la colonisation engendrant des
hostilités ethniques, sociales, économiques ainsi qu'un ressentiment
mutuel entre les deux régions. Les soldats frustrés ont fini par trouver
une cible pour leur ressentiment parmi les riches Ewé ainsi que les
anciens esclaves venus du Brésil. Le premier Coup d'Etat de 1963 organisé
par Eyadéma renversa le gouvernement de Olympio et ramena Grunitzky au
pouvoir. La première action prise par ce nouveau régime fut la réintégration
dans l'armée togolaise des ex. combattants de l'Algérie triplant de ce
fait les effectifs de l'armée tout en provoquant d'énormes dépenses
militaires supplémentaires.
Le
second mandat de Grunitzky a été affecté par des clivages politiques,
des problèmes économiques et finalement les manifestations populaires de
1966 présageant une autre intervention militaire. Eyadéma avait essayé
pendant quatre ans de se constituer activement une assise au sein de l'armée
et s'éleva rapidement du grade de Sergent administratif à celui de Général
quatre étoiles en 1967. Il observa passivement la lente déchéance du régime
qu'il avait mis en place en 1963 et, à travers elle, le vide que les
politiciens civils désemparés créent autour du pouvoir, que l'armée
pouvait rapidement remplir. Eyadéma a réussi ainsi, sans beaucoup de
peines, à amener l'armée à reprendre le pouvoir le 13 janvier 1967 soit
exactement quatre ans après le meurtre de Sylvanus Olympio en 1963. Il
adopta par la suite l'usage de la force brute comme style de gouvernement.
En août 1967, trois mois après le Coup d'état, Eyadéma se proclama
président,
supprima les partis et gouverna par décret pendant quatre ans. Le culte
de sa personnalité a été fermement établi quand il sortit deux fois
indemne de crashs aériens qu'il avait vécus en 1974. Bénéficiant du
soutien de l'armée et disposant de deux brigades de sécurité
personnelles à savoir la gendarmerie paramilitaire et la garde
présidentielle,
Eyadéma semblait bien pouvoir exercer un contrôle absolu sur le
processus politique du Togo.
La
récession économique est le talon d'Achille des dictatures. Le Togo fut
ainsi à partir de 1990 atteint de plein fouet par la crise économique résultant
de la mauvaise gestion interne de l'économie combinée aux contraintes économiques
extérieures. La fin de la guerre froide a aussi provoquée la disparition
de l'aide attribuée au Togo pour maintenir l'équilibre géostratégique.
Cela a affaibli la capacité du régime à poursuivre le patronage
économique. Ainsi, face à l'incapacité matérielle du régime à opérer
efficacement par la cooptation, Eyadéma s'adonna à la répression. Les
difficultés économiques et l'affaiblissement des relations clientélistes
ont favorisé l'émergence en 1990 d'un mouvement togolais pour la réforme
dirigé par une élite frustrée. L'effervescence démocratique qui s'en
est suivie a été influencée par les vagues de démocratisation secouant
l'Afrique après la révolution des ''Velvet'' en Europe de l'Est, la
chute du mur de Berlin en 1989 mais surtout l'expérience démocratique en
cours dans le Bénin voisin.
Depuis
1990, les forces armées (y compris ses deux brigades de sécurité, la
garde présidentielle et la gendarmerie) constituent le seul moyen dont
dispose Eyadéma pour se maintenir au pouvoir. La Sûreté Nationale, unité
chargée de surveiller les tendances subversives au régime n'inspire plus
confiance à Eyadéma du fait de la prédominance des officiers sudistes
en son sein. Celui-ci mit par conséquent en place, des dispositifs
personnels de sécurité subdivisés en Brigade de Recherche et Brigade de
Vigilance. La tâche officielle confiée au premier est celle de
rassembler des informations sur des sources potentielles d'opposition
aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du Togo. Quant au second,
son rôle officiel est de surveiller les activités subversives
potentielles à Lomé. Les tâches officieuses comprennent le harcèlement
de l'opposition et les exécutions extrajudiciaires ou arrestations.
L'économie
L'économie
togolaise repose sur l'exportation du phosphate, du coton , du cacao et du
café ainsi qu'un secteur commercial dynamique. La plupart des plantations
de café, de cacao et de coton se trouvent à l'Ouest dans les régions
montagneuses vers la frontalière du Ghana. Ces trois produits
d'exportation représentent environ 20% de la production agricole du pays.
La savane boisée dans la région centrale est aussi fertile et sert pour
la production vivrière. Le paysage des régions du Nord correspondant à
la savane sèche se prête à l'élevage du bétail. Le plus important
produit d'exportation est néanmoins le phosphate provenant des mines situées
à proximité des côtes et dont l'extraction représente environ 20% du
PIB du pays mais n'employant cependant qu'un peu plus de 10% de la main d'œuvre.
Et bien que le cours du
phosphate sur les marchés mondiaux soit inférieur à ce qu'il était
lors du boom de 1974, les recettes d'exportations ont augmenté ces dernières
années à cause d'une hausse de la production. Il en est de même pour le
coton.
L'économie
togolaise est restée pendant longtemps tout à fait solide contrairement
à celle des autres pays de la région. Cela est probablement lié au fait
que la France avait œuvré pendant des années pour maintenir la
respectabilité et la légitimité du régime Eyadéma. La signature des
premiers accords entre les ACP et les pays de l'Europe en 1975 à Lomé a
donné au Togo l'image d'un centre de conférence internationale.
L'entretien du mythe d'un Togo politiquement légitime et économiquement
viable par la France peut témoigner du grand intérêt que celle-ci porte
à la stabilité politique par rapport à la démocratisation. Si cette
vicieuse personnalisation de la coopération dans les domaines culturel,
militaire et économique pouvait s'expliquer dans le contexte de la guerre
froide, sa poursuite devient plus difficile à justifier après 1989. Le
peuple togolais continue à souffrir parce que la France n'arrive pas à
assumer sa part de responsabilité dans la survie de ce régime brutal et
dictatorial.
L'économie
togolaise a connu trois phases de développement distinctes depuis le début
de la période coloniale en 1884. La première phase remonte à la période
coloniale (1884-1914) pendant laquelle les infrastructures de base ainsi
que l'industrialisation ont été introduites résultant de la volonté
des Allemands de faire du Togo une colonie autosuffisante. L'agriculture
vivrière s'est développée au Sud servant à l'exportation de café, de
cacao, d’huile de palme et de coton. Leur livraison a été facilitée
par la construction des trois premières lignes de chemin de fer du Togo.
Le taux de scolarisation de base est passé de 9% en 1914 à 72% en 1990.
On assista cependant à un ralentissement de cet élan et l'économie
stagna entre 1920 et 1940 (pendant l'entre deux guerres) suite à la
partition franco-anglaise de la colonie après la première guerre
mondiale et la récession globale des années 30.
La
seconde phase de la croissance arriva après la deuxième guerre mondiale,
la partie occidentale étant rattachée à la Gold Cost britannique et la
partie orientale bénéficiant de l'assistance française au
développement.
La
troisième phase commença avec le boom soudain du phosphate en 1974. En
effet, la montée des cours de phosphate sur les marchés mondiaux a
permis au Togo de quintupler ses recettes d'exportation du phosphate. La
France et l'Allemagne augmentèrent leur volume d'aide au développement
attribué au Togo en 1970. Alimentée également par le boom à court
terme du phosphate, l'économie togolaise renoua avec la croissance vers
la fin des années 70 provoquant l'émergence des entreprises aussi bien
publiques que privées dans le secteur commercial. Les politiques économiques
libérales adoptées par le régime, en dépit de son autoritarisme, ont
favorisé l'épanouissement du commerce transfrontalier et de la
contrebande ce qui a non seulement stimulé des nouvelles initiatives mais
aussi permis d'introduire pour la première fois une politique de développement
au Nord.
Le
boom de l'économie résultant de la hausse des cours du phosphate entre
1974 et 1976 a paradoxalement engendré la faillite de l'économie à
cause de la nationalisation de la plupart des industries du pays. La
Compagnie Togolaise des Mines du Bénin (COMITAB), société qui s'occupe
de l'extraction du phosphate fut créée en 1957 et avait une importance
considérable du point de vue stratégique. Mais elle a été nationalisée
en 1974 suite aux allégations de Eyadéma faisant état de l'intention
que ses responsables auraient eu de porter atteinte à sa
vie pour échapper à la nationalisation. En plus, les nominations
à la tête des entreprises étatiques érigées en instrument de
gratification des alliés du régime au mépris du mérite ont engendré
l'inefficacité dans la gestion et l'accumulation des dettes extérieures.
Cela poussa Eyadéma à recourir à l'assistance du FMI et de la Banque
Mondiale. Les mauvaises prévisions du régime fondées sur une hausse
continue du cours des phosphates ont laissé le Togo avec une économie au
bord du gouffre au début des années 80, une accumulation de la dette extérieure
ainsi que l'austérité économique prônée par les conditionnalités de
la Banque Mondiale et du FMI.
L'exécution des programmes d'ajustement structurel introduits au Togo
dans les années 80 a cependant reçu les bonnes appréciations de la
Banque Mondiale notamment en matière de privatisation des industries que
Eyadéma avait nationalisées auparavant à coûts de crédits. Les
privations économiques endurées par les populations intensifiées par
l'augmentation du chômage ont contribué à fortifier davantage les
forces de l'opposition. Cette tendance découle également de la
frustration des déshérités du Sud vis à vis des Nordistes considérés
comme les bénéficiaires du régime de Eyadéma.
D'une
manière générale, la politique économique libérale menée par le Togo
(en dehors de la série de nationalisations au milieu des années 70) et
la bonne réputation qu'il avait acquise du fait de sa bonne application
des conditionnalités imposées par la Banque Mondiale et le FMI ont
permis à Eyadéma de garder des relations internationales relativement
bonnes pendant des années en dépit de sa brutalité envers les citoyens
qu'il gouverne.
Remarquons
que la réduction des dépenses publiques a affecté mêmes les militaires
cette année avec la révision à la baisse d'environ 20% du budget alloué
à la défense. Cela s'avère intéressant quand on sait que les
militaires, pour la plupart originaires du Nord et surtout de l'ethnie
Kabre pour les officiers clés, sont les plus proches alliés de Eyadéma.
Avec
un littoral de 56 kms le long du golfe de Guinée et une minuscule bande
de terre atteignant approximativement 500 kms d'intérieur vers le Nord,
le Togo attire malgré cette petite taille beaucoup de touristes et le
tourisme représente la troisième source de recette extérieure. La
promotion du secteur touristique est favorisée par l'économie libérale
du Togo, plusieurs réalisations touristiques et le spectaculaire itinéraire
côtier entre Accra et Lomé. Lomé dispose de peu de choses à offrir en
termes d'attractions intérieures et sites historiques notoires par
rapport au Ghana et au Nigeria. Le secteur touristique a failli s'écrouler
pendant les tensions politiques des années 90 mais a été relancé vers
la fin de la décennie, même si l'excessive distribution des contrats aux
alliés du régime ont mené à un surplus des capacités hôtelières
laissant de nombreux hôtels pratiquement vides.
Le
transport entre le Nord et le Sud du Togo se fait essentiellement par
voies terrestres à travers notamment la route récemment rénovée
reliant les régions côtières de Lomé à la frontière du nord avec le
Burkina Faso. La route transafricaine allant du Ghana jusqu'à la frontière
orientale du Togo avec le Bénin en passant par Lomé est également
utilisée et mise à niveau. Le système ferroviaire togolais, comme ceux
des autres pays africains, a quant à lui besoin d'être modernisé. Le
Togo dispose également d'un large port moderne mais sous utilisée du
fait des troubles sociaux ayant eu lieu pendant une bonne partie des années
90 et des problèmes économiques de ses voisins du Nord.
Education
Le
système éducatif togolais, introduit pendant la colonisation allemande
a, par la suite été remodelé conformément au système éducatif français.
Alors que l'inscription au primaire représente près de 75%, le
secondaire enregistre un taux de fréquentation beaucoup plus bas à cause
de la prédominance de l'enseignement des matières comme la culture et la
langue française ainsi que l'histoire européenne au détriment d'une éducation
en langues togolaises et d'un enseignement technique portant sur
l'agriculture, la santé primaire etc. L'agriculture de subsistance représente
75% de l'économie togolaise et un nombre considérable d'enfants quittent
chaque année les bancs de l'école pour assister leurs familles dans les
travaux champêtres.
L'université
du Bénin qui se trouve à Lomé a été construite en 1970 et abrite 6000
étudiants. Actuellement elle essaie d'élargir ses capacités d'accueil
pour recevoir 17000 étudiants de plus en plus mécontents et hostiles.
D'une manière générale le secteur éducatif togolais enregistre une
baisse sous l'effet de l'accroissement démographique combiné à une
baisse des financements liée à la réduction des dépenses publiques.
Autrefois le plus élevé de l'Afrique, le taux d'alphabétisation du Togo
n'est aujourd'hui que de 50%. Les résultats scolaires de cette année
reflètent dans tout le pays un faible taux de réussite de l'ordre de 25%
soit 4000 réussites sur 16000 candidatures. Bien que le Ministre de l'éducation
ait directement mis en cause les grèves sporadiques des enseignants, cet
échec enregistré ne demeure pas moins un indicateur du dysfonctionnement
du système éducatif togolais.
Le
manque d’infrastructures de base comme les soins de santé, l'accès à
l'eau potable pour la consommation et l'hygiène, en plus de l'absence de
médicaments de base et probablement la sous-alimentation et la
malnutrition contribuent à la prévalence de maladies faciles à traiter
et d'un taux de mortalité élevé. Les conditionnalités de la Banque
Mondiale ont conduit à la réduction des dépenses publiques allouées à
la santé alors que le sida, la tuberculose et même la rougeole sonnent
le glas d'un secteur sanitaire déjà affecté par un manque chronique de
médecins et d'infirmiers.
LA
CONFERENCE NATIONALE
La
conférence nationale a été convoquée le 26 juin 1991 suite à l'accord
conclu le 12 juin 1991 entre le gouvernement et l'opposition. Celle-ci a
élu Joseph Kokou Koffigoh comme premier ministre et a projeté
l'organisation de nouvelles élections en juin 1992. Cependant, malgré
l'apparente force de l'opposition à l'époque, l'armée majoritairement
nordiste demeura fermement solidaire au régime de Eyadéma. La conférence
nationale a essentiellement, en dehors des radicaux représentant des
groupes de l'opposition qui étaient rentrés d'exil pour y prendre part,
attiré les forces de l'opposition locale principalement constituées de
juristes, enseignants et éminents hommes d'affaires. Avant la conférence
nationale de 1991, il n'y avait jamais eu de consensus entre les
principaux leaders de l'opposition, chacun étant plutôt préoccupé par
la satisfaction de ses intérêts immédiats. La faiblesse principale des
partis de l'opposition fut leur incapacité à coopérer pour établir un
pouvoir de large assise nationale au lieu de se combattre. Ils ont aussi
échoué à s'assurer un soutien national et une réconciliation avec le
principal tenant du pouvoir, les forces armées. En poursuivant des
discours radicaux, déclarant la souveraineté de la conférence nationale,
essayant de transformer les structures politiques par décret, mettant les
forces armées à l'écart du processus de négociation, ils n'ont pas su
acquérir un authentique soutien national.
De
plus, ils menaçaient la clique des individus puissants et riches que le régime
d'Eyadéma avait nourri. Eyadéma ne règne pas dans un vide civil,
soutenu seulement par les officiers fidèles et les soldats. Apparemment,
ses alliés dans le cabinet, les fonctionnaires fidèles et les hommes
d’affaires qui ont prospéré sous son régime, n'ont pas été
correctement reconnus par l’opposition comme courtiers de puissance qui
risquent de perdre leurs positions privilèges en cas de chute du régime
d’Eyadéma.
Joseph
Kokou Koffigoh, le premier ministre nouvellement élu par la CNS essaya de
sauvegarder son pouvoir en nommant à la tête des entreprises étatiques
des ressortissants de sa propre région, ce qui lui a valu des accusations
de corruption et de népotisme. Il a néanmoins bénéficié du soutien de
la majorité des populations togolaises ainsi que d'une légitimité
internationale. Il ne bénéficiait cependant pas de la loyauté de l'armée
togolaise qui entreprit d'ailleurs une impressionnante démonstration de
force attestant que la force brutale était toujours, à ses yeux, supérieure
à la légitimité démocratique. Après le bombardement de la demeure de
Koffigoh et l'arrestation de celui-ci par l'armée, Eyadéma s'est encore
une fois de plus félicité de l'emprise qu'il continue toujours à avoir
dans la lutte pour le pouvoir au Togo.
Avec
le début du règne de la terreur exercée sur les membres de l'opposition,
le nombre des réfugiés traversant les frontières togolaises pour le
Ghana et le Bénin s'éleva à 100 000 faisant au total à peu près plus
de 200 000 réfugiés. Le règne de la terreur inaugurée par l'armée
continua jusqu'en 1992 et celui-ci était le principal instigateur de la
tentative d'assassinat de Gilchrist Olympio, le principal rival et ennemi
de longue date de Eyadéma ainsi que des membres du Cabinet de Koffigoh,
de ceux du Haut Conseil de la République qui se réfugièrent en masse à
l'étranger. La menace démocratique émanant de la CNS s'envola ainsi
assez vite et Eyadéma entreprit de rétablir graduellement son emprise
sur le pouvoir.
En
septembre 1992, une nouvelle constitution a été adoptée par référendum
mais en octobre de la même année, les militaires assiégèrent le
parlement et prirent en otage tous les membres du HCR qui n'étaient
partisans du RPT, conditionnant leur libération contre le payement d'une
rançon.
Le
règne de la terreur continua jusqu'en 1993 et notamment en janvier, mois
au cours duquel des centaines de personnes auraient été tuées à Lomé
provoquant par la suite de nouveaux flux de réfugiés vers le Togo et le
Bénin. Eyadéma était le seul candidat en lice pour les élections présidentielles
d’août 1993, Gilchrist Olympio étant disqualifié et les autres
candidats de l'opposition, Edem Kodjo et Yao Agboyibor ayant décidé de
boycotter le scrutin.
Les
droits de l'homme
La
longévité du régime de parti unique du président Gnassingbé Eyadéma
est la principale cause de la détérioration de la situation des droits
de l'homme au Togo. La période des années 80 représente en effet, le
temps fort de l'oppression et parmi les violations des droits de l'homme
observées à cette époque figurent les ''arrestations arbitraires de
masse, les détentions sans jugements, les tortures et les assassinats des
prisonniers.'' (Decalo, 1996, p.9).
La
situation politique actuelle se caractérise également par des stratégies
de cooptation, intimidation et élimination. Selon une dépêche d'Amnesty
International, des centaines d'exécutions extrajudiciaires ont eu lieu au
Togo en 1998 (AI, Juin 2000). En effet, dans un rapport plus détaillé rédigé
conjointement par Amnesty et les journalistes de la Ligue pour la Défense
des Droits de l'Homme au Bénin (LDH), publié en mai 1999 par
Amnesty, un lien a été établi entre l'expansion des actes de violation
des droits de l'homme y compris les meurtres politiques commis à cette époque
et la période électorale de 1998. Déjà en avril 1991, des soldats ont
poussé des manifestants pro-démocratiques dans la lagune de Bé de Lomé
où ils se noyèrent.
En
juin 1990, l'ancien Président français François Mitterand qualifia le
Togo de Eyadéma de plus grand détracteur des droits de l'homme en
Afrique. Cependant, en novembre 1991 la politique africaine de la France
sous Mitterand connut un revirement diplomatique (probablement influencée
par le feu Jacques Foccard, et la prise en compte de certains intérêts
nationaux français). Mitterand a ainsi affirmé que la France ne s'ingérerait
pas dans les affaires africaines et qu'il revenait à chaque pays de
trouver sa propre voie de réforme démocratique. Par la suite, les
soutiens de Eyadéma au sein des forces armées entreprirent un mois après
un Coup d'état en décembre 1991.
Selon les propos d'une autre
organisation de défense des droits de l'homme, La Ligue Togolaise des
Droits de l'homme (LTDH), rapportés à partir de Lomé par l'agence de
presse IPS, le 13 août 2000 : "Les paisibles citoyens de nos villes
et campagnes ont constamment peur d'exprimer leur opinion et sont alarmés
quant à la sécurité de leurs biens. La LTDH a aussi condamné la très
répressive loi sur la presse au Togo qui prévoit une peine de plusieurs
mois de prison pour tout journaliste accusé d'outrage envers le Président,
le Premier ministre ou n'importe quel autre ministre et parlementaire. De
plus, le gouvernement togolais a été accusé d'arrestations arbitraires,
de mauvais traitements et de détention des citoyens sans prétexte
valable. La LTDH a aussi fait cas des sources décrivant le centre de détention
de Lomé d'enfer et le comparant même aux bateaux esclavagistes des siècles
précédents, du point de vue des conditions de détention. L'organisation
des défense des droits de l'homme a aussi critiqué la répression des
manifestations pacifiques, les raids gouvernementaux sur les habitations
privées et les arrestations arbitraires.
Au
lieu d'aborder sérieusement ces épineuses questions, le gouvernement
togolais a depuis mai 1999 systématiquement intimidé, menacé de mort ou
tenté de corrompre les témoins, détruire les preuves et poursuivre les
défenseurs des droits de l'homme et journalistes togolais, sans aucune
autre raison que la suspicion d'avoir fourni des informations à Amnesty
International selon les communiqués de presse de l'organisation.
Les
Missions ONU/OUA
Le
7 juin 2000, l'ONU et l'OUA ont fait une déclaration sur l'établissement
d'une Commission d'enquête sur les violations des droits de l'homme de
1998 (exécutions extrajudiciaires de centaine de personnes), une
initiative qui a été immédiatement approuvée par Amnesty
International. Selon le point de presse du 15 septembre 2000, la
Commission, composée de Mr. Mahamat Hassan Abakar (Tchadien et Président
de la commission), Mr. Issaka Souna (Niger) et Mr. Paulo Pinheiro (Brésil),
a visité aussi bien le Togo que les pays voisins pour enquêter sur ces
plaintes.
Rassemblement
du Peuple Togolais - RPT
Le RPT demeure la
base politique de Eyadéma. Il a été crée en 1969 avec l'avènement de
la 3e république comme le seul parti légal auquel tous les togolais
devaient adhérer. A travers tout le pays, les fidèles du RPT
participaient activement aux rassemblements locaux organisés par celui-ci.
Et tous les électeurs potentiels devaient verser une cotisation annuelle
au parti. Qu'on l'ai voulu ou non, le RPT a continué à jouer un rôle
actif dans la société togolaise jusqu'aux soubresauts démocratiques de
1990.
Le
Président a dirigé le RPT comme son propre parti. Les dignitaires du
parti organisaient activement des manifestations pro-Eyadema dans les
communautés locales, tout en contribuant à renforcer le culte de la
personnalité de celui-ci. Cependant, ils agissent sans aucun doute
volontairement aussi pour soutenir le régime (quoi que influencé par le
patronage et la politique économique discriminatoire de Eyadema en faveur
du développement de la partie Nord du Togo). Les cadres loyaux du parti
et les forces armées demeurent les garants de la longévité du règne de
Eyadéma. L'assise ethnique du régime Eyadéma s'est diversifiée durant
toutes ces années de règne, la loyauté pour l'armée et le RPT pouvant
s'observer aussi bien chez les Kabré que dans les autres groupes
ethniques du Nord. Les membres les plus fidèles aussi bien du RPT que de
l'armée et de la garde personnelle de Eyadéma sont originaires de sa
circonscription au Nord et plus précisément de son groupe ethnique, les
Kabré (l'ethnie majoritaire du Nord).
Prétendants
au trône
Edem Kodjo fait
partie des ambitieux leaders d'opposition connus aussi bien au Togo qu'à
l'étranger. Il a été plusieurs fois ministre des affaires étrangères
et des finances de Eyadéma. Il a aussi été secrétaire général de
l'OUA. Sa mauvaise réputation provient du fait qu'il ait été
l'instigateur de l'infâme livre vert, considéré comme le fondement
intellectuel de l'instauration du système de parti unique au Togo en
1969. Il se défend de cette accusation en affirmant que si tel était le
cas, il serait alors l'homme idéal pour démanteler la structure qu'il
aurait édifié. Plusieurs mouvements d'opposition ont consenti à le présenter
comme leur candidat à l'élection présidentielle de 1993, mais ils ont
par la suite boycotté les élections, laissant Edem Kodjo sans aucune
structure pour défier Eyadéma. Son propre parti, l'Union Togolaise pour
la Démocratie a ainsi participé tout seul aux élections législatives
de 1994. Il a néanmoins été nommé, par la suite, Premier Ministre de
Eyadéma, ce qui lui a permis de favoriser le retour des membres de
l'opposition exilés au Togo. L'acceptation du poste de Premier Ministre
de Eyadéma, à un moment où l'opposition s'était résolue à défier le
régime lui a valu ainsi qu'à son parti une réputation de fourberie.
Kodjo n'a pas participé aux élections présidentielles de 1998 au cours
desquelles Gilchrist olympio leader de l'Union des Forces du Changement et
fils de l'ancien président Sylvanus Olympio se présenta contre Eyadéma.
Les autres candidats de l'opposition à savoir Yao Agboyibor, Léopold
Gnininvi et Jacques Amoussou sont tous originaires de l'ethnie Ewé. Eyadéma
sortit vainqueur de ces élections marquées par des allégations de
fraudes massives. En 1999,
Edem Kodjo s'est allié à d'autres leaders d'opposition comme Jean Sanve
de Tove et Corneluis Aidam pour former la Convergence Patriotique
Africaine (CPP), qui a joué un rôle modérateur pour maîtriser la
longue crise politique du Togo. Edem kodjo n'a pas encore annoncé son
intention de se présenter ou pas à l'élection présidentielle de 2003.
Le juriste Yao
Agboyibor (57ans) est le principal rival de Edem kodjo dans la course à
la présidence au sein de l'opposition, même s'il partage la même plate-forme
politique avec lui. Yao Agboyibor est un ambitieux politicien luttant pour
l'avènement du changement démocratique sous la bannière de son parti,
le Comité d'Action pour le Renouveau (CAR). Yao Agboyibor a été un
membre loyal du RPT, le parti de Eyadéma. Il a également été le
premier Président de la Commission Nationale des Droits de l'Homme (CNDH)
établie en 1988 par Eyadéma suite au rapport d'Amnesty International de
1987 dénonçant les arrestations arbitraires et tortures perpétrées par
le régime. Avec la montée des revendications pour la libéralisation
politique, Agboyibor démissionna en 1988 et créa son propre parti
politique, le CAR. Il passa entre temps auprès de l'opinion nationale
comme l'homme qui a osé aborder les questions sensibles des droits de
l'homme. Eyadéma voulait en réalité instrumentaliser la CNDH pour
soigner l'image de son régime en démontrant sa volonté de sanctionner
les violations des droits de l'homme, se justifier par rapport aux
accusations d'Amnesty International de 1987 et rejeter la responsabilité
de ces violations sur les conflits internes au groupe ethnique Ewé.
En 1994, l'électorat attribua au CAR 36 sièges sur les 83 que
comptent le parlement.
Zarifou
Ayeva, un homme d'affaire âgé de soixante ans fait aussi partie des prétendants
au trône, mais contrairement aux autres candidats de l'opposition
originaires du groupe ethnique sudiste Ewé, Ayeva est originaire de Sokodé
au Centre-Nord et il appartient à l'ethnie Kotokolo. Il a été Ministre
du commerce de Eyadéma, Président du Parti Démocratique du Renouveau
(PDR), et a son fief dans la zone Kotokoli de Tchaoudjo.
Le
Professeur Léopold Messan Gnininvi, président de la Convention Démocratique
des Peuples Africains (CDPA) fait aussi partie des candidats. Ses
critiques vis à vis du régime de Eyadéma sont modérées par rapport à
ceux de l’opposant radical Agboyibor. Ancien professeur de mathématique
et de physique à l'Université du Bénin à Lomé, son programme
politique se concentre sur le changement politique et démocratique y
compris le développement rural.
L'homme
d'affaire Jacques Amouzou (63ans) est aussi postulant au trône. Il était
l'un des deux candidats de l'opposition qui s'étaient présentés aux élections
de 1993 que le reste de l'opposition
avait boycottées.
Gilchrist
Olympio de l'Union des Forces du Changement (UFD) est l'un des plus
sérieux candidats à la présidence. Son père dirigea le Togo de l'indépendance
jusqu'au 1er coup d'état de Eyadéma en 1963. Son problème politique
majeure découle du fait qu'il réside au Ghana depuis l'assassinat de son
père pendant le Coup d'Etat de 1963. La tentative d'assassinat dont il
fut victime en mai 1992 lors d'un voyage vers le Nord ne le motive pas à
mettre un terme à l'exil qu'il s'est lui même imposé. Economiste formé
à l'Université d'Oxford, il a travaillé pour les Nations Unies et le
FMI. Son programme politique s'apparente à celui de la CDPA du professeur
Gnininvi, même s'il se présente comme étant plus radical en préconisant
une totale restructuration économique, l'unité nationale et la réconciliation.
Cette dernière est vivement souhaitée dans ce pays depuis longtemps
divisé entre d'une part le pilier du pouvoir de Eyadéma au Nord et la
partie Sud dominée par l'ethnie Ewé de l'autre.
LA
SITUATION POLITIQUE ACTUELLE
Le régime militaire
de Eyadéma et l'opposition ont convenu de la tenue de nouvelles élections
législatives en mars 2000 suite à des négociations menées l'année
dernière. Un accord fut signé à cet égard au cours d'une cérémonie
en présence du Président français Jacques Chirac. Malgré cet accord,
Eyadéma n'a fait qu'établir une Commission Electorale Nationale Indépendante
(CENI) de vingt membres le 30 juin 2000 laissant présager la tenue des élections
dans les 60 jours qui suivirent. Mais le 30 août 2000 passa, sans qu'il y
ait une nouvelle des élections.
La mise en place de
la CENI a été plusieurs fois reportée en raison probablement d’une
stratégie de retardement de Eyadéma. Le Comité Paritaire de Suivi (CPS)
regroupant les représentants du gouvernement, de l'opposition et un
groupe de médiateurs de l'Union Européenne était présidé par l'ancien
Ministre des droits de l'homme, de la démocratie et de l'Etat de droit,
Henry Octavianus Olympio, le cousin du principal leader de l'opposition
Gilchrist Olympio vivant en exil au Ghana.
Peu
de temps après la reprise du dialogue du CPS sur la réconciliation
nationale, le 25 avril 2000, Henry Olympio le Président du comité a de
justesse échappé à une tentative d'assassinat à l'extérieur de son
bureau le 5 mai 2000 à Lomé. Henry Olympio avait apparemment
déjà été utilisé auparavant par Eyadéma pour diviser
l'opposition et pouvait servir de cible pour retarder l'avancement des
travaux du CPS. Le Ministre s'est déjà désolidarisé de son cousin
Gilchrist Olympio, deux ans auparavant, quand il accepta de servir dans le
gouvernement de Eyadéma. Il est perçu par la majeure partie de
l'opposition comme un traître.
Après
avoir survécu à l'attentat dont la responsabilité a par la suite été
officieusement attribuée à la garde présidentielle, le Ministre Olympio
fut chassé du gouvernement la veille d'un remaniement ministériel
entrepris par Eyadéma le 12 juin 2000. Tout ceci se passait deux semaines
avant la prestation de serment des nouveaux membres élus de la CENI.
Henry Olympio a été remplacé au Ministère des droits de l'homme, de la
démocratie et de l'Etat de droit par le Général Seyi Méméme, un très
proche fidèle du Général Eyadéma.
Un
autre remaniement ministériel a eu lieu le 24 août 2000. Gabriel Messan
Agboyomé Kodjo du RPT fut nommé Premier ministre de Eyadéma en
remplacement de Eugene Koffi Adoboli qui démissionna à la suite d'un
vote de motion de censure de l'Assemblée. Le départ de Adoboli peut néanmoins
être perçu comme émanant de la quête par le régime d'un bouc émissaire
sur qui rejeter la responsabilité des problèmes économiques résultant
de la mauvaise gouvernance de Eyadéma. Le nouveau Premier Ministre
Agboyomé a déjà occupé auparavant les postes de Ministre de la
jeunesse, culture et éducation et de Ministre de la sécurité et de
l'administration territoriale. Il est membre du bureau politique du RPT et
un fidèle bien connu de Eyadéma. Sa nomination vise à conforter
l'emprise du Président sur le pouvoir
Le
8 octobre 2000, Eyadéma effectua son dernier remaniement ministériel en
remplaçant quatre Ministres à savoir celui du tourisme; de la
communication; de la culture, jeunesse et sports et le Secrétaire d'Etat
au développement du secteur privé. Les nouveaux Ministres sont Kossi
Assimayibou, Bawa Semedo, Komi Klassou et Mme Angèle Aguigah.
LE
CIRCUIT DU TOGO
Au
sommet de l'OUA financé par la France, la Libye, le Nigeria et la Chine,
tenu en mi-juillet 2000 à Lomé, le gouvernement angolais avait réitéré
ses accusations sur l'appui actif apporté par Eyadéma aux rebelles
angolais de l'UNITA dans le trafic de diamant et l'achat d'armes en Europe
de l'Est. Le gouvernement angolais avait presque réussi à convaincre les
pays de la SADC à boycotter le sommet de Lomé. Face à cette menace,
Eyadéma expulsa 56 Angolais soupçonnés d'avoir des liens avec l'UNITA
en guise de geste de bonne volonté envers la SADC.
Le
rapport des Nations Unies sur les sanctions prises à l'encontre de
l'UNITA/Angola (Rapport Fowler) montre comment le Zaïre de Mobutu a joué
un rôle de négociant d'armes et de diamant pour l'UNITA dans le Nord de
l'Angola. En 1993, Jonas Savimbi, leader de l'UNITA dépêcha un émissaire
à Lomé pour faire part à Eyadéma de sa crainte quant à l'éventualité
d'une interruption de l'exportation du diamant avec l'érosion de
l'influence de Mobutu au Zaïre. Savimbi avait vu la nécessité
d'utiliser le Togo comme une garantie pour la poursuite du commerce
d'armes et de diamants. La machine militaire de l'UNITA a besoin d'un
constant approvisionnement et en cas d'une éventuelle perte de contrôle
de la situation au Zaïre, l'organisation aurait besoin d'un intermédiaire
de secours pour fournir les certificats d'achats d'armes et servir
d'intermédiaire entre l'UNITA et ANTWEP pour la vente de diamants en
Belgique.
L'émissaire,
le Colonel Alcides Lucas Kangunga, arriva à Lomé avec un paquet de
diamants destiné à Eyadéma pour mieux le convaincre d’accepter de
combler le vide que pourrait laisser Mobutu. L'émissaire finit par
obtenir l'accord de Eyadéma vers la fin de 1993 et lui offrit les
diamants en guise de remerciements de la part de Savimbi. Le Colonel
Kagunga s'est finalement installé à Lomé en tant que représentant de
l'UNITA au Togo. Selon les accords conclus, le Togo percevrait 20% sur
chaque transaction réalisée.
Savimbi
étant convaincu que les Etats Unis ont retiré leur soutien à Mobutu, le
circuit du Togo fut activé en janvier 1997. Par la suite, les armes stockées
à Kinshasa et Gbadolite ont été transférées dans les bases de l'UNITA
au Nord de l 'Angola. Certains missiles anti-aériens SAM6 ont été
transférés de Kinshasa à Lomé pour contourner l'équipe d'inspection
des Nations Unies en Angola (UNAVEM). La mission de vérification des
Nations Unies en Angola a été mise en place pour faciliter la
restauration de la paix et le processus de la réconciliation nationale en
Angola. Avec l'éviction de Mobutu Sesse Seko du pouvoir par Laurent Desiré
Kabila au Zaïre, Savimbi fit recours à Eyadéma comme le principal
fournisseur d'armes, conduisant à un transfert des vols chargés d'armes
de l'Europe de l'Est vers le Togo.
Les
Défis de l'avenir
Le
circuit du Togo activé en 1997 a probablement aidé à financer la
victoire de Eyadéma en 1998. Avec l'augmentation soudaine de la richesse
générée par ce trafic illégal, la répression désespérée entreprise
par le régime ces deux dernières années devient plus facile à saisir.
Toutes les violations de droit de l'homme initiées par le régime doivent
par conséquent être jugées.
L'un
des pays les plus pauvres du monde, avec un système politique instable,
le Togo peut aussi être considéré comme l'un des Etats les plus faibles
en Afrique. Pour cela, le régime de Eyadéma continue à représenter une
menace non seulement pour sa propre population mais aussi pour la stabilité
de la région Ouest-africaine. Au paroxysme de la crise politique et
l'escalade de la violence conduisant des centaines de milliers de réfugiés
à traverser les frontières voisines du Bénin et du Ghana, le Président
Rawlings du Ghana considéra l'option d'envoyer les forces de l'ECOMOG
pour éviter un second Libéria en Afrique de l'Ouest.
Eyadéma
sera tenu responsable de la persistance des difficultés économiques et
des obstacles à la prospérité économique du Togo à cause de sa détermination
à bloquer la démocratisation. La façon dont Eyadéma dirige le Togo
comme si c'était son patrimoine personnel, avec un style autoritaire d'un
autre âge, finira par constituer le principal obstacle à l'amélioration
des relations internationales du Togo. Sans l'appui des donateurs extérieurs,
l'économie sera davantage handicapée par une alimentation irrégulière
et insuffisante en énergie.
Les
plus proches amis de Eyadéma sont en France et en Libye, ce qui est
paradoxal car les deux Etats prétendent être issus de révolutions
populaires. L'Union Européenne (dont la France assure présentement la présidence)
adopte une attitude beaucoup plus progressiste à l'égard des abus du
pouvoir de Eyadéma. La Libye lutte quant à elle pour la réalisation de
l'Unité africaine. Et tout ceci coïncide avec la présidence de l'OUA
par Eyadéma, ce dictateur qui gouverne son pays avec la stratégie de
"diviser pour mieux régner".
Après le volte face
diplomatique de Mitterand sur sa politique africaine en 1993, on est en
droit de se demander si la politique africaine de la France ne va pas
encore une fois de plus sombrer dans un somnambulisme désastreux au Togo
comme ce fut le cas au Zaïre de Mobutu en mai 1997. '' La France s'est
obstiné à soutenir Mobutu jusqu'à la fin en prolongeant l'agonie et
perdant ainsi sa légitimité auprès du nouveau régime; En même temps,
les forces françaises ont été incapables de sauver Mobutu. La France était
devenue par la suite tellement impertinente que Mobutu n'avait même pas
informé ses officiels de sa décision de partir". (Grégory 2000, p.
441).
Par
son appartenance à la zone franc, l'Union Economique et Monétaire Ouest
Africaine (UEMOA) et la Communauté Economique des Etats de
l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), la longue crise politique et
l'instabilité économique du Togo continue d'affecter les autres pays
ouest- africains et en particulier ses voisins immédiats, le Ghana et le
Bénin. Fuyant le règne de la terreur et de la torture de Eyadéma, les réfugiés
continuent à affluer au Ghana, organisant par la suite des incursions
violentes au Togo. Bien que les forces armées togolaises n'égalent pas
les forces militaires ghanéennes, une éventuelle mission suicidaire des
forces armées togolaises au Ghana serait porteuse d'un très grand risque
pour la paix et la stabilité en Afrique de l'Ouest.
Apparemment
malgré la stratégie de division menée par Eyadéma, l'opposition
togolaise n'est pas prête de représenter un vrai défi pour son régime.
La multiplication des groupes de l'opposition pourrait être perçue comme
un signe de l'amorce de la démocratisation mais pourrait aussi témoigner
de la faiblesse et de la fracture de l'opposition. On remarque également
l'absence d'une authentique politique adaptée aux besoins de développement
de la population toute entière. La politique de développement initiée
par Eyadéma pour le Nord semble à cet égard plus viable que l'attention
que portent les partis politiques de l'opposition sur les intérêts des
différents groupes ethniques du Sud. Ce n'est pas surprenant que Eyadéma
ait un contrôle absolu et un considérable soutien non seulement au sein
du groupe ethnique Kabré, dont il est originaire, mais aussi dans toute
la partie Nord du pays. Actuellement aucun parti d'opposition ne dispose
d'une assise remarquable au Nord. L'opposition démocratique togolaise
semble bien destinée à rester dans l'opposition à moins de résoudre
ses divisions inter-Ewé et d'établir une plate-forme nationale. C'est
pourquoi nous pensons qu'il est d'une importance vitale que les forces de
l'opposition non seulement renouent avec la coopération COD2 du début
des années 90 mais aussi opèrent le choix décisif de savoir si elles
doivent adopter à court terme une stratégie populiste s'appuyant
uniquement sur l'élite Ewé du Sud ou de traiter tous les citoyens sur un
même pied d'égalité indépendamment de leurs origines ethniques ou géographiques
en considérant également les populations du Nord. La dernière option en
plus du soutien qu'elle apportera à l'opposition peut aussi engendrer l'érosion
de l'assise de Eyadéma dans le Nord.
Nous
partageons la préoccupation d'Amnesty non seulement pour les victimes
d'oppression et de meurtres mais aussi pour le sort de la population toute
entière dans la course pour les prochaines élections de 2003. Eyadéma
ayant dirigé de façon solitaire pendant 40 ans, une transition démocratique
paisible n'est possible qu'avec le règlement efficace par le gouvernement
togolais des questions des droits de l'homme et de la crise politique
actuelle. Cela constituera un test crucial pour le Président et son parti
en permettant de vérifier si les structures politiques mises en place après
l'indépendance reposaient sur un homme ou si Eyadéma et son parti ont été
en mesure d'établir des institutions étatiques durables. Pour faciliter
le transfert pacifique du pouvoir à une nouvelle génération, les
restrictions sur la société civile doivent être levées et la démocratie
multipartisane encouragée. Les droits de l'homme doivent être garantis
pour les citoyens sans considération de leurs opinions politiques ou
origines ethniques.
Le
Président Eyadéma semble bien disposé à rester au pouvoir
principalement parce qu'il se confond au pays qu'il prétend représenter,
au point de ne même pas avoir confiance aux Ministres de son cabinet. La
plupart d'entre eux étaient des membres influents de l'opposition nommés
par Eyadéma dans ses tentatives de cooptation de ses plus farouches
ennemis, ce qui lui permettait de diviser et affaiblir l'opposition. En
effet, la stratégie de cooptation, division et pacification de
l'opposition par Eyadéma consiste à nommer et à renvoyer les membres de
l'opposition intéressés par les portefeuilles ministériels.
La
conviction qui habite Eyadéma d'être l'incarnation du Togo a été
renforcée par les tentatives d'assassinats dont il a fait l'objet de la
part des rebelles armés entrés au Togo à partir du Ghana. Il a même
quitté sa résidence, le Palais présidentiel, attaqué en 1994 et 1993
à cause du manque de sécurité nocturne pour s'installer au quartier général
de l'armée à Lomé.
Le
fait pour Eyadéma de ne compter que sur le népotisme et le patronage
ethnique en ne faisant confiance qu'aux membres de sa famille et à ses
amis Kabré au Nord du pays renforce l'impression qu'il n'arrive plus,
depuis longtemps, à dissocier sa personne de son pays. On peut observer
cette tendance à compter sur des relations et loyautés personnelles même
dans ses rapports avec des Chefs d'Etat aussi bien d'Afrique que
d'ailleurs.
Les
sanctions internationales prises par l'Union Européenne depuis 1993 à
l'encontre du Togo peuvent renforcer davantage ses sentiments d'être persécuté.
A cet égard, un accroissement de la pression internationale pourra plutôt
conduire Eyadéma à revenir sur son engagement pour rester ou tomber avec
la destinée du Togo.
Les
pressions et menaces (avec des attaques armées) qui ont eu lieu jusqu'au
moment où il avait promis d'organiser de nouvelles élections législatives
en mars 2000 peuvent de la même manière s'avérer contre-productive,
Eyadéma préférant toujours se défendre que de céder à la pression.
Le
prix que la société civile, l'opposition active et les citoyens
ordinaires ont payé pour la façon dont Eyadéma dirige le pays comme son
patrimoine va au delà de toute mesure. Le nombre de cadavres et des
prisonniers de conscience ne pouvant servir que d'indicateurs à la
souffrance du peuple togolais. Il est tentant de décrire le Togo comme
une chambre de torture Ouest-africaine, où toutes les préoccupations,
autres que la protection du régime et la sécurité personnelle de Eyadéma
sont considérées comme insignifiantes.
A
la lumière de cette analyse, le sort de ses victimes et l'épouvantable
situation des droits de l'homme sous Eyadéma en général, peuvent être
perçus comme inacceptables mais constituent le nécessaire et inévitable
prix à payer. L'usage de la répression et de la force brute en réponse
aux demandes populaires de libéralisation politique peuvent entraîner le
retour aux armes et conduire à une spirale de la violence, nécessitant
le besoin d'intervention d'une force étrangère que le Président
Rawlings proposa durant les pires affrontements entre l'opposition et le
pouvoir dans les années 90.
Avec
cette longue crise politique, les élections à venir sont à la fois un
signe d'espoir et d'incertitude
For further information on this and all other briefings, please contact
the Research & Publications Department of CDD. Telephone: +44 20 7407
0772; Fax: +44 20 7407 0773; e-mail: cdd @ cdd.org.uk
|