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Togo- transition democratique bloquee

Traduit de l'anglais par Mamoudou Gazibo

    
Le Togo est présentement à la croisée des chemins en raison de l'annonce de Eyadéma de son intention de quitter le pouvoir aux prochaines élections présidentielles de 2003.

  La situation politique est actuellement caractérisée par la cooptation, l'intimidation et l'élimination des principaux acteurs de l'opposition. Le président Eyadéma est originaire d'un groupe ethnique minoritaire Kabré au Nord du pays alors que l'opposition est issue du groupe ethnique sudiste Ewé.

La population togolaise comprend trente six groupes ethniques mais se caractérise par un clivage Nord-Sud. La population du Sud est dominée par les Ewé qui représentent 45% de la population togolaise. On peut identifier également d'autres groupes ethniques notamment les Mina (venus du Ghana au 17è siècle), les Ana (originaires de la migration Yoruba du Sud-Ouest du Nigeria vers le Togo à partir du 13è siècle), Les Akposso (producteurs du café et cacao du plateau dans la région Ouest de Atakpamé), et les Bassar (au centre du pays). Le Nord est quant à lui peuplé majoritairement des Kotokoli et des Kabré faisant environ 30% de la population dont la plupart sont des pauvres paysans vivant dans les régions de Sokodé, Bafilo et Kara. Le Nord abrite également les Lamba, Les Losso et les Tchokossi (musulmans venus de la Côte d'Ivoire au cours du 18è siècle. Les Ewé, Mina et Ana forment l'élite commerciale, politique et intellectuelle du Togo. Du fait de leur proximité des côtes, ils étaient les premiers à être en contact avec les marchands européens et ont par la suite plus bénéficié des avantages commerciaux et éducatifs par rapport au Nord. Avec l'avènement de la colonisation, ils ont alors été recrutés pour assurer les fonctions administratives qualifiées de nécessaires à la gestion efficace de l'Etat colonial.

Parmi les populations du Nord, plusieurs groupes ethniques sont venus du Burkina au cours du 17è et 18è siècles et se sont, tout au long de leur progression, mixés avec les populations locales. Malgré la politique de développement de Eyadéma, beaucoup de Nordistes vivent encore d'une agriculture de subsistance. On peut également citer parmi eux des Hausa-Fulani.

Les causes historiques de la crise politique actuelle  

Le territoire qu'occupe le Togo actuel, autrefois situé entre les deux puissants empires d'Ashanti (Ghana) à l'Ouest et Dahomey (Bénin) à l'Est possède une riche histoire. Le royaume d'Oyo du Sud-Ouest du Nigeria a atteint les confins sud du Togo actuel à travers le Dahomey lors de son apogée au 19è siècle. Cependant, contrairement aux autres pays de l'Afrique de l'Ouest qui étaient sous l'influence européenne depuis le 16è siècle, le Togo a été laissé à lui même jusqu'à la fin du 19è siècle. Les régions côtières du pays, les premières à être découvertes par les Européens au 15è siècle ont néanmoins été utilisées pour le commerce d'esclaves à travers les ports de Kéta et Aného. En 1884, une délégation allemande conclu un accord avec un Chef local, menant finalement à la colonisation d'un long mais minuscule morceau de terre allant vers le Nord jusqu'aux alentours du fleuve Niger, bien qu'elle ne soit jamais allée aussi loin car la construction d'un pont d'appui sur le fleuve était l'un des objectifs majeurs du pouvoir colonial allemand.

Pendant la première guerre mondiale, les forces alliées franco-anglaises ont marqué leur première victoire sur les Allemands par la conquête du Togo en 1914. A la fin de la guerre, le Togo a été divisé en deux protectorats placés l'un sous le contrôle de la France et l'autre sous le contrôle du Royaume Uni. La partie Ouest était ainsi administrée par les britanniques à partir de la Gold Coast (Ghana) et l'Est (correspondant au Togo actuel) devint un territoire français. Ce partage a fendu le groupe ethnique Ewé en deux et déclencha par ce fait le nationalisme Ewé dégageant des tendances prônant l'unification sous la coordination du Comité de l'Unité Togolaise (CUT) présidé par Sylvanus Olympio. Après le référendum de 1956, la partie britannique a été officiellement rattachée à la Gold Coast. La France organisa alors rapidement des élections qui firent du Togo une république autonome mais membre de la communauté française. Craignant des ambitions britanniques sur la partie française et les idées panafricanistes de Nkrumah de la Gold Coast, les Français ont favorisé l'arrivée au pouvoir de leur allié, le conservateur Nicolas Grunitzki en 1956. Sa victoire a aussi été facilitée, en partie, par l'alliance entre son parti, le Parti Togolais du Progrès (PTP) et l'Union des Chefs et des Populations du Nord (UCPN).

Après la chute de la République autonome de Grunitzky en 1958, le Président Sylvanus Olympio devint le premier président du Togo indépendant en 1960 à la suite des élections supervisées par les Nations Unies. Celui-ci adopta une politique étrangère non alignée et s'efforça de conduire son pays vers une indépendance économique vis à vis de la France. Ses tentatives furent cependant marquées que par une courte période de prospérité menant à une accentuation de l'opposition populaire à son régime. Ces différends avec NKrumah du Ghana provoqués par leurs divergences sur l'unification Ewé ont entre temps causé la fermeture de la frontière entre les deux pays. Cela a davantage détérioré les conditions de vie des commerçants de Lomé et des alentours. Ainsi, son goût de plus en plus prononcé pour l'autoritarisme matérialisé par la transformation en 1962 de son parti, le CUT, en parti unique, son insouciante politique économique austère et son anti-militarisme vont plus tard paver la voie au coup d'Etat de Eyadéma en 1963

Pourquoi Eyadéma était-il intervenu ?

Eyadéma était rentré en 1963 de la guerre d'Algérie où il avait combattu avec d'autres soldats togolais aux côté des Français contre les indépendantistes algériens. Ils n'ont cependant pas été réintégrés dans l'armée togolaise à cause de ce que Olympio qualifiait de trahison envers un mouvement de libération africain. Ce refus a été largement perçu comme étant moins lié à leur participation à la guerre d'Algérie qu'à leur appartenance nordiste. Une analyse rétrospective permettrait de constater que Olympio avait commis la cruciale erreur de forcer ces soldats avec leurs fraîches expériences du combat à retourner dans la misère du Nord.

Les facteurs socio-économiques ont certainement amené les soldats nordistes à entreprendre une action militaire contre le régime. Les populations côtières du Sud à dominance Ewé ont naturellement établit des relations plus étroites avec les Européens et s'adaptèrent à leur influence économique et social. Le Nord quant à lui demeura hostile à la domination coloniale et finit par être marginalisé du processus de développement. Le clivage Nord-Sud s'est cristallisé pendant la colonisation engendrant des hostilités ethniques, sociales, économiques ainsi qu'un ressentiment mutuel entre les deux régions. Les soldats frustrés ont fini par trouver une cible pour leur ressentiment parmi les riches Ewé ainsi que les anciens esclaves venus du Brésil. Le premier Coup d'Etat de 1963 organisé par Eyadéma renversa le gouvernement de Olympio et ramena Grunitzky au pouvoir. La première action prise par ce nouveau régime fut la réintégration dans l'armée togolaise des ex. combattants de l'Algérie triplant de ce fait les effectifs de l'armée tout en provoquant d'énormes dépenses militaires supplémentaires.

Le second mandat de Grunitzky a été affecté par des clivages politiques, des problèmes économiques et finalement les manifestations populaires de 1966 présageant une autre intervention militaire. Eyadéma avait essayé pendant quatre ans de se constituer activement une assise au sein de l'armée et s'éleva rapidement du grade de Sergent administratif à celui de Général quatre étoiles en 1967. Il observa passivement la lente déchéance du régime qu'il avait mis en place en 1963 et, à travers elle, le vide que les politiciens civils désemparés créent autour du pouvoir, que l'armée pouvait rapidement remplir. Eyadéma a réussi ainsi, sans beaucoup de peines, à amener l'armée à reprendre le pouvoir le 13 janvier 1967 soit exactement quatre ans après le meurtre de Sylvanus Olympio en 1963. Il adopta par la suite l'usage de la force brute comme style de gouvernement. En août 1967, trois mois après le Coup d'état, Eyadéma se proclama président, supprima les partis et gouverna par décret pendant quatre ans. Le culte de sa personnalité a été fermement établi quand il sortit deux fois indemne de crashs aériens qu'il avait vécus en 1974. Bénéficiant du soutien de l'armée et disposant de deux brigades de sécurité personnelles à savoir la gendarmerie paramilitaire et la garde présidentielle, Eyadéma semblait bien pouvoir exercer un contrôle absolu sur le processus politique du Togo.

La récession économique est le talon d'Achille des dictatures. Le Togo fut ainsi à partir de 1990 atteint de plein fouet par la crise économique résultant de la mauvaise gestion interne de l'économie combinée aux contraintes économiques extérieures. La fin de la guerre froide a aussi provoquée la disparition de l'aide attribuée au Togo pour maintenir l'équilibre géostratégique. Cela a affaibli la capacité du régime à poursuivre le patronage économique. Ainsi, face à l'incapacité matérielle du régime à opérer efficacement par la cooptation, Eyadéma s'adonna à la répression. Les difficultés économiques et l'affaiblissement des relations clientélistes ont favorisé l'émergence en 1990 d'un mouvement togolais pour la réforme dirigé par une élite frustrée. L'effervescence démocratique qui s'en est suivie a été influencée par les vagues de démocratisation secouant l'Afrique après la révolution des ''Velvet'' en Europe de l'Est, la chute du mur de Berlin en 1989 mais surtout l'expérience démocratique en cours dans le Bénin voisin.

Depuis 1990, les forces armées (y compris ses deux brigades de sécurité, la garde présidentielle et la gendarmerie) constituent le seul moyen dont dispose Eyadéma pour se maintenir au pouvoir. La Sûreté Nationale, unité chargée de surveiller les tendances subversives au régime n'inspire plus confiance à Eyadéma du fait de la prédominance des officiers sudistes en son sein. Celui-ci mit par conséquent en place, des dispositifs personnels de sécurité subdivisés en Brigade de Recherche et Brigade de Vigilance. La tâche officielle confiée au premier est celle de rassembler des informations sur des sources potentielles d'opposition aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du Togo. Quant au second, son rôle officiel est de surveiller les activités subversives potentielles à Lomé. Les tâches officieuses comprennent le harcèlement de l'opposition et les exécutions extrajudiciaires ou arrestations. 

L'économie

L'économie togolaise repose sur l'exportation du phosphate, du coton , du cacao et du café ainsi qu'un secteur commercial dynamique. La plupart des plantations de café, de cacao et de coton se trouvent à l'Ouest dans les régions montagneuses vers la frontalière du Ghana. Ces trois produits d'exportation représentent environ 20% de la production agricole du pays. La savane boisée dans la région centrale est aussi fertile et sert pour la production vivrière. Le paysage des régions du Nord correspondant à la savane sèche se prête à l'élevage du bétail. Le plus important produit d'exportation est néanmoins le phosphate provenant des mines situées à proximité des côtes et dont l'extraction représente environ 20% du PIB du pays mais n'employant cependant qu'un peu plus de 10% de la main d'œuvre. Et  bien que le cours du phosphate sur les marchés mondiaux soit inférieur à ce qu'il était lors du boom de 1974, les recettes d'exportations ont augmenté ces dernières années à cause d'une hausse de la production. Il en est de même pour le coton.

L'économie togolaise est restée pendant longtemps tout à fait solide contrairement à celle des autres pays de la région. Cela est probablement lié au fait que la France avait œuvré pendant des années pour maintenir la respectabilité et la légitimité du régime Eyadéma. La signature des premiers accords entre les ACP et les pays de l'Europe en 1975 à Lomé a donné au Togo l'image d'un centre de conférence internationale. L'entretien du mythe d'un Togo politiquement légitime et économiquement viable par la France peut témoigner du grand intérêt que celle-ci porte à la stabilité politique par rapport à la démocratisation. Si cette vicieuse personnalisation de la coopération dans les domaines culturel, militaire et économique pouvait s'expliquer dans le contexte de la guerre froide, sa poursuite devient plus difficile à justifier après 1989. Le peuple togolais continue à souffrir parce que la France n'arrive pas à assumer sa part de responsabilité dans la survie de ce régime brutal et dictatorial.

L'économie togolaise a connu trois phases de développement distinctes depuis le début de la période coloniale en 1884. La première phase remonte à la période coloniale (1884-1914) pendant laquelle les infrastructures de base ainsi que l'industrialisation ont été introduites résultant de la volonté des Allemands de faire du Togo une colonie autosuffisante. L'agriculture vivrière s'est développée au Sud servant à l'exportation de café, de cacao, d’huile de palme et de coton. Leur livraison a été facilitée par la construction des trois premières lignes de chemin de fer du Togo. Le taux de scolarisation de base est passé de 9% en 1914 à 72% en 1990. On assista cependant à un ralentissement de cet élan et l'économie stagna entre 1920 et 1940 (pendant l'entre deux guerres) suite à la partition franco-anglaise de la colonie après la première guerre mondiale et la récession globale des années 30.

La seconde phase de la croissance arriva après la deuxième guerre mondiale, la partie occidentale étant rattachée à la Gold Cost britannique et la partie orientale bénéficiant de l'assistance française au développement.

La troisième phase commença avec le boom soudain du phosphate en 1974. En effet, la montée des cours de phosphate sur les marchés mondiaux a permis au Togo de quintupler ses recettes d'exportation du phosphate. La France et l'Allemagne augmentèrent leur volume d'aide au développement attribué au Togo en 1970. Alimentée également par le boom à court terme du phosphate, l'économie togolaise renoua avec la croissance vers la fin des années 70 provoquant l'émergence des entreprises aussi bien publiques que privées dans le secteur commercial. Les politiques économiques libérales adoptées par le régime, en dépit de son autoritarisme, ont favorisé l'épanouissement du commerce transfrontalier et de la contrebande ce qui a non seulement stimulé des nouvelles initiatives mais aussi permis d'introduire pour la première fois une politique de développement au Nord.

Le boom de l'économie résultant de la hausse des cours du phosphate entre 1974 et 1976 a paradoxalement engendré la faillite de l'économie à cause de la nationalisation de la plupart des industries du pays. La Compagnie Togolaise des Mines du Bénin (COMITAB), société qui s'occupe de l'extraction du phosphate fut créée en 1957 et avait une importance considérable du point de vue stratégique. Mais elle a été nationalisée en 1974 suite aux allégations de Eyadéma faisant état de l'intention que ses responsables auraient eu de porter atteinte à sa  vie pour échapper à la nationalisation. En plus, les nominations à la tête des entreprises étatiques érigées en instrument de gratification des alliés du régime au mépris du mérite ont engendré l'inefficacité dans la gestion et l'accumulation des dettes extérieures. Cela poussa Eyadéma à recourir à l'assistance du FMI et de la Banque Mondiale. Les mauvaises prévisions du régime fondées sur une hausse continue du cours des phosphates ont laissé le Togo avec une économie au bord du gouffre au début des années 80, une accumulation de la dette extérieure ainsi que l'austérité économique prônée par les conditionnalités de la  Banque Mondiale et du FMI. L'exécution des programmes d'ajustement structurel introduits au Togo dans les années 80 a cependant reçu les bonnes appréciations de la Banque Mondiale notamment en matière de privatisation des industries que Eyadéma avait nationalisées auparavant à coûts de crédits. Les privations économiques endurées par les populations intensifiées par l'augmentation du chômage ont contribué à fortifier davantage les forces de l'opposition. Cette tendance découle également de la frustration des déshérités du Sud vis à vis des Nordistes considérés comme les bénéficiaires du régime de Eyadéma.

D'une manière générale, la politique économique libérale menée par le Togo (en dehors de la série de nationalisations au milieu des années 70) et la bonne réputation qu'il avait acquise du fait de sa bonne application des conditionnalités imposées par la Banque Mondiale et le FMI ont permis à Eyadéma de garder des relations internationales relativement bonnes pendant des années en dépit de sa brutalité envers les citoyens qu'il gouverne.

Remarquons que la réduction des dépenses publiques a affecté mêmes les militaires cette année avec la révision à la baisse d'environ 20% du budget alloué à la défense. Cela s'avère intéressant quand on sait que les militaires, pour la plupart originaires du Nord et surtout de l'ethnie Kabre pour les officiers clés, sont les plus proches alliés de Eyadéma.

Avec un littoral de 56 kms le long du golfe de Guinée et une minuscule bande de terre atteignant approximativement 500 kms d'intérieur vers le Nord, le Togo attire malgré cette petite taille beaucoup de touristes et le tourisme représente la troisième source de recette extérieure. La promotion du secteur touristique est favorisée par l'économie libérale du Togo, plusieurs réalisations touristiques et le spectaculaire itinéraire côtier entre Accra et Lomé. Lomé dispose de peu de choses à offrir en termes d'attractions intérieures et sites historiques notoires par rapport au Ghana et au Nigeria. Le secteur touristique a failli s'écrouler pendant les tensions politiques des années 90 mais a été relancé vers la fin de la décennie, même si l'excessive distribution des contrats aux alliés du régime ont mené à un surplus des capacités hôtelières laissant de nombreux hôtels pratiquement vides.

Le transport entre le Nord et le Sud du Togo se fait essentiellement par voies terrestres à travers notamment la route récemment rénovée reliant les régions côtières de Lomé à la frontière du nord avec le Burkina Faso. La route transafricaine allant du Ghana jusqu'à la frontière orientale du Togo avec le Bénin en passant par Lomé est également utilisée et mise à niveau. Le système ferroviaire togolais, comme ceux des autres pays africains, a quant à lui besoin d'être modernisé. Le Togo dispose également d'un large port moderne mais sous utilisée du fait des troubles sociaux ayant eu lieu pendant une bonne partie des années 90 et des problèmes économiques de ses voisins du Nord.

Education

Le système éducatif togolais, introduit pendant la colonisation allemande a, par la suite été remodelé conformément au système éducatif français. Alors que l'inscription au primaire représente près de 75%, le secondaire enregistre un taux de fréquentation beaucoup plus bas à cause de la prédominance de l'enseignement des matières comme la culture et la langue française ainsi que l'histoire européenne au détriment d'une éducation en langues togolaises et d'un enseignement technique portant sur l'agriculture, la santé primaire etc. L'agriculture de subsistance représente 75% de l'économie togolaise et un nombre considérable d'enfants quittent chaque année les bancs de l'école pour assister leurs familles dans les travaux champêtres.

L'université du Bénin qui se trouve à Lomé a été construite en 1970 et abrite 6000 étudiants. Actuellement elle essaie d'élargir ses capacités d'accueil pour recevoir 17000 étudiants de plus en plus mécontents et hostiles. D'une manière générale le secteur éducatif togolais enregistre une baisse sous l'effet de l'accroissement démographique combiné à une baisse des financements liée à la réduction des dépenses publiques. Autrefois le plus élevé de l'Afrique, le taux d'alphabétisation du Togo n'est aujourd'hui que de 50%. Les résultats scolaires de cette année reflètent dans tout le pays un faible taux de réussite de l'ordre de 25% soit 4000 réussites sur 16000 candidatures. Bien que le Ministre de l'éducation ait directement mis en cause les grèves sporadiques des enseignants, cet échec enregistré ne demeure pas moins un indicateur du dysfonctionnement du système éducatif togolais.

Le manque d’infrastructures de base comme les soins de santé, l'accès à l'eau potable pour la consommation et l'hygiène, en plus de l'absence de médicaments de base et probablement la sous-alimentation et la malnutrition contribuent à la prévalence de maladies faciles à traiter et d'un taux de mortalité élevé. Les conditionnalités de la Banque Mondiale ont conduit à la réduction des dépenses publiques allouées à la santé alors que le sida, la tuberculose et même la rougeole sonnent le glas d'un secteur sanitaire déjà affecté par un manque chronique de médecins et d'infirmiers.

LA CONFERENCE NATIONALE

La conférence nationale a été convoquée le 26 juin 1991 suite à l'accord conclu le 12 juin 1991 entre le gouvernement et l'opposition. Celle-ci a élu Joseph Kokou Koffigoh comme premier ministre et a projeté l'organisation de nouvelles élections en juin 1992. Cependant, malgré l'apparente force de l'opposition à l'époque, l'armée majoritairement nordiste demeura fermement solidaire au régime de Eyadéma. La conférence nationale a essentiellement, en dehors des radicaux représentant des groupes de l'opposition qui étaient rentrés d'exil pour y prendre part, attiré les forces de l'opposition locale principalement constituées de juristes, enseignants et éminents hommes d'affaires. Avant la conférence nationale de 1991, il n'y avait jamais eu de consensus entre les principaux leaders de l'opposition, chacun étant plutôt préoccupé par la satisfaction de ses intérêts immédiats. La faiblesse principale des partis de l'opposition fut leur incapacité à coopérer pour établir un pouvoir de large assise nationale au lieu de se combattre. Ils ont aussi échoué à s'assurer un soutien national et une réconciliation avec le principal tenant du pouvoir, les forces armées. En poursuivant des discours radicaux, déclarant la souveraineté de la conférence nationale, essayant de transformer les structures politiques par décret, mettant les forces armées à l'écart du processus de négociation, ils n'ont pas su acquérir un authentique soutien national.

De plus, ils menaçaient la clique des individus puissants et riches que le régime d'Eyadéma avait nourri. Eyadéma ne règne pas dans un vide civil, soutenu seulement par les officiers fidèles et les soldats. Apparemment, ses alliés dans le cabinet, les fonctionnaires fidèles et les hommes d’affaires qui ont prospéré sous son régime, n'ont pas été correctement reconnus par l’opposition comme courtiers de puissance qui risquent de perdre leurs positions privilèges en cas de chute du régime d’Eyadéma.

Joseph Kokou Koffigoh, le premier ministre nouvellement élu par la CNS essaya de sauvegarder son pouvoir en nommant à la tête des entreprises étatiques des ressortissants de sa propre région, ce qui lui a valu des accusations de corruption et de népotisme. Il a néanmoins bénéficié du soutien de la majorité des populations togolaises ainsi que d'une légitimité internationale. Il ne bénéficiait cependant pas de la loyauté de l'armée togolaise qui entreprit d'ailleurs une impressionnante démonstration de force attestant que la force brutale était toujours, à ses yeux, supérieure à la légitimité démocratique. Après le bombardement de la demeure de Koffigoh et l'arrestation de celui-ci par l'armée, Eyadéma s'est encore une fois de plus félicité de l'emprise qu'il continue toujours à avoir dans la lutte pour le pouvoir au Togo. 

Avec le début du règne de la terreur exercée sur les membres de l'opposition, le nombre des réfugiés traversant les frontières togolaises pour le Ghana et le Bénin s'éleva à 100 000 faisant au total à peu près plus de 200 000 réfugiés. Le règne de la terreur inaugurée par l'armée continua jusqu'en 1992 et celui-ci était le principal instigateur de la tentative d'assassinat de Gilchrist Olympio, le principal rival et ennemi de longue date de Eyadéma ainsi que des membres du Cabinet de Koffigoh, de ceux du Haut Conseil de la République qui se réfugièrent en masse à l'étranger. La menace démocratique émanant de la CNS s'envola ainsi assez vite et Eyadéma entreprit de rétablir graduellement son emprise sur le pouvoir.

En septembre 1992, une nouvelle constitution a été adoptée par référendum mais en octobre de la même année, les militaires assiégèrent le parlement et prirent en otage tous les membres du HCR qui n'étaient partisans du RPT, conditionnant leur libération contre le payement d'une rançon.

Le règne de la terreur continua jusqu'en 1993 et notamment en janvier, mois au cours duquel des centaines de personnes auraient été tuées à Lomé provoquant par la suite de nouveaux flux de réfugiés vers le Togo et le Bénin. Eyadéma était le seul candidat en lice pour les élections présidentielles d’août 1993, Gilchrist Olympio étant disqualifié et les autres candidats de l'opposition, Edem Kodjo et Yao Agboyibor ayant décidé de boycotter le scrutin.

Les droits de l'homme

La longévité du régime de parti unique du président Gnassingbé Eyadéma est la principale cause de la détérioration de la situation des droits de l'homme au Togo. La période des années 80 représente en effet, le temps fort de l'oppression et parmi les violations des droits de l'homme observées à cette époque figurent les ''arrestations arbitraires de masse, les détentions sans jugements, les tortures et les assassinats des prisonniers.'' (Decalo, 1996, p.9).

La situation politique actuelle se caractérise également par des stratégies de cooptation, intimidation et élimination. Selon une dépêche d'Amnesty International, des centaines d'exécutions extrajudiciaires ont eu lieu au Togo en 1998 (AI, Juin 2000). En effet, dans un rapport plus détaillé rédigé conjointement par Amnesty et les journalistes de la Ligue pour la Défense des Droits de l'Homme au Bénin (LDH), publié en mai 1999 par Amnesty, un lien a été établi entre l'expansion des actes de violation des droits de l'homme y compris les meurtres politiques commis à cette époque et la période électorale de 1998. Déjà en avril 1991, des soldats ont poussé des manifestants pro-démocratiques dans la lagune de Bé de Lomé où ils se noyèrent.

En juin 1990, l'ancien Président français François Mitterand qualifia le Togo de Eyadéma de plus grand détracteur des droits de l'homme en Afrique. Cependant, en novembre 1991 la politique africaine de la France sous Mitterand connut un revirement diplomatique (probablement influencée par le feu Jacques Foccard, et la prise en compte de certains intérêts nationaux français). Mitterand a ainsi affirmé que la France ne s'ingérerait pas dans les affaires africaines et qu'il revenait à chaque pays de trouver sa propre voie de réforme démocratique. Par la suite, les soutiens de Eyadéma au sein des forces armées entreprirent un mois après un Coup d'état en décembre 1991.

Selon les propos d'une autre organisation de défense des droits de l'homme, La Ligue Togolaise des Droits de l'homme (LTDH), rapportés à partir de Lomé par l'agence de presse IPS, le 13 août 2000 : "Les paisibles citoyens de nos villes et campagnes ont constamment peur d'exprimer leur opinion et sont alarmés quant à la sécurité de leurs biens. La LTDH a aussi condamné la très répressive loi sur la presse au Togo qui prévoit une peine de plusieurs mois de prison pour tout journaliste accusé d'outrage envers le Président, le Premier ministre ou n'importe quel autre ministre et parlementaire. De plus, le gouvernement togolais a été accusé d'arrestations arbitraires, de mauvais traitements et de détention des citoyens sans prétexte valable. La LTDH a aussi fait cas des sources décrivant le centre de détention de Lomé d'enfer et le comparant même aux bateaux esclavagistes des siècles précédents, du point de vue des conditions de détention. L'organisation des défense des droits de l'homme a aussi critiqué la répression des manifestations pacifiques, les raids gouvernementaux sur les habitations privées et les arrestations arbitraires.

Au lieu d'aborder sérieusement ces épineuses questions, le gouvernement togolais a depuis mai 1999 systématiquement intimidé, menacé de mort ou tenté de corrompre les témoins, détruire les preuves et poursuivre les défenseurs des droits de l'homme et journalistes togolais, sans aucune autre raison que la suspicion d'avoir fourni des informations à Amnesty International selon les communiqués de presse de l'organisation.

Les Missions ONU/OUA

Le 7 juin 2000, l'ONU et l'OUA ont fait une déclaration sur l'établissement d'une Commission d'enquête sur les violations des droits de l'homme de 1998 (exécutions extrajudiciaires de centaine de personnes), une initiative qui a été immédiatement approuvée par Amnesty International. Selon le point de presse du 15 septembre 2000, la Commission, composée de Mr. Mahamat Hassan Abakar (Tchadien et Président de la commission), Mr. Issaka Souna (Niger) et Mr. Paulo Pinheiro (Brésil), a visité aussi bien le Togo que les pays voisins pour enquêter sur ces plaintes.

Rassemblement du Peuple Togolais - RPT

Le RPT demeure la base politique de Eyadéma. Il a été crée en 1969 avec l'avènement de la 3e république comme le seul parti légal auquel tous les togolais devaient adhérer. A travers tout le pays, les fidèles du RPT participaient activement aux rassemblements locaux organisés par celui-ci. Et tous les électeurs potentiels devaient verser une cotisation annuelle au parti. Qu'on l'ai voulu ou non, le RPT a continué à jouer un rôle actif dans la société togolaise jusqu'aux soubresauts démocratiques de 1990.

Le Président a dirigé le RPT comme son propre parti. Les dignitaires du parti organisaient activement des manifestations pro-Eyadema dans les communautés locales, tout en contribuant à renforcer le culte de la personnalité de celui-ci. Cependant, ils agissent sans aucun doute volontairement aussi pour soutenir le régime (quoi que influencé par le patronage et la politique économique discriminatoire de Eyadema en faveur du développement de la partie Nord du Togo). Les cadres loyaux du parti et les forces armées demeurent les garants de la longévité du règne de Eyadéma. L'assise ethnique du régime Eyadéma s'est diversifiée durant toutes ces années de règne, la loyauté pour l'armée et le RPT pouvant s'observer aussi bien chez les Kabré que dans les autres groupes ethniques du Nord. Les membres les plus fidèles aussi bien du RPT que de l'armée et de la garde personnelle de Eyadéma sont originaires de sa circonscription au Nord et plus précisément de son groupe ethnique, les Kabré (l'ethnie majoritaire du Nord).

Prétendants au trône

Edem Kodjo fait partie des ambitieux leaders d'opposition connus aussi bien au Togo qu'à l'étranger. Il a été plusieurs fois ministre des affaires étrangères et des finances de Eyadéma. Il a aussi été secrétaire général de l'OUA. Sa mauvaise réputation provient du fait qu'il ait été l'instigateur de l'infâme livre vert, considéré comme le fondement intellectuel de l'instauration du système de parti unique au Togo en 1969. Il se défend de cette accusation en affirmant que si tel était le cas, il serait alors l'homme idéal pour démanteler la structure qu'il aurait édifié. Plusieurs mouvements d'opposition ont consenti à le présenter comme leur candidat à l'élection présidentielle de 1993, mais ils ont par la suite boycotté les élections, laissant Edem Kodjo sans aucune structure pour défier Eyadéma. Son propre parti, l'Union Togolaise pour la Démocratie a ainsi participé tout seul aux élections législatives de 1994. Il a néanmoins été nommé, par la suite, Premier Ministre de Eyadéma, ce qui lui a permis de favoriser le retour des membres de l'opposition exilés au Togo. L'acceptation du poste de Premier Ministre de Eyadéma, à un moment où l'opposition s'était résolue à défier le régime lui a valu ainsi qu'à son parti une réputation de fourberie. Kodjo n'a pas participé aux élections présidentielles de 1998 au cours desquelles Gilchrist olympio leader de l'Union des Forces du Changement et fils de l'ancien président Sylvanus Olympio se présenta contre Eyadéma. Les autres candidats de l'opposition à savoir Yao Agboyibor, Léopold Gnininvi et Jacques Amoussou sont tous originaires de l'ethnie Ewé. Eyadéma sortit vainqueur de ces élections marquées par des allégations de fraudes massives.  En 1999, Edem Kodjo s'est allié à d'autres leaders d'opposition comme Jean Sanve de Tove et Corneluis Aidam pour former la Convergence Patriotique Africaine (CPP), qui a joué un rôle modérateur pour maîtriser la longue crise politique du Togo. Edem kodjo n'a pas encore annoncé son intention de se présenter ou pas à l'élection présidentielle de 2003.

Le juriste Yao Agboyibor (57ans) est le principal rival de Edem kodjo dans la course à la présidence au sein de l'opposition, même s'il partage la même plate-forme politique avec lui. Yao Agboyibor est un ambitieux politicien luttant pour l'avènement du changement démocratique sous la bannière de son parti, le Comité d'Action pour le Renouveau (CAR). Yao Agboyibor a été un membre loyal du RPT, le parti de Eyadéma. Il a également été le premier Président de la Commission Nationale des Droits de l'Homme (CNDH) établie en 1988 par Eyadéma suite au rapport d'Amnesty International de 1987 dénonçant les arrestations arbitraires et tortures perpétrées par le régime. Avec la montée des revendications pour la libéralisation politique, Agboyibor démissionna en 1988 et créa son propre parti politique, le CAR. Il passa entre temps auprès de l'opinion nationale comme l'homme qui a osé aborder les questions sensibles des droits de l'homme. Eyadéma voulait en réalité instrumentaliser la CNDH pour soigner l'image de son régime en démontrant sa volonté de sanctionner les violations des droits de l'homme, se justifier par rapport aux accusations d'Amnesty International de 1987 et rejeter la responsabilité de ces violations sur les conflits internes au groupe ethnique Ewé.  En 1994, l'électorat attribua au CAR 36 sièges sur les 83 que comptent le parlement.

Zarifou Ayeva, un homme d'affaire âgé de soixante ans fait aussi partie des prétendants au trône, mais contrairement aux autres candidats de l'opposition originaires du groupe ethnique sudiste Ewé, Ayeva est originaire de Sokodé au Centre-Nord et il appartient à l'ethnie Kotokolo. Il a été Ministre du commerce de Eyadéma, Président du Parti Démocratique du Renouveau (PDR), et a son fief dans la zone Kotokoli de Tchaoudjo.

Le Professeur Léopold Messan Gnininvi, président de la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA) fait aussi partie des candidats. Ses critiques vis à vis du régime de Eyadéma sont modérées par rapport à ceux de l’opposant radical Agboyibor. Ancien professeur de mathématique et de physique à l'Université du Bénin à Lomé, son programme politique se concentre sur le changement politique et démocratique y compris le développement rural.

L'homme d'affaire Jacques Amouzou (63ans) est aussi postulant au trône. Il était l'un des deux candidats de l'opposition qui s'étaient présentés aux élections de 1993 que le reste de  l'opposition avait boycottées.

Gilchrist Olympio de l'Union des Forces du Changement (UFD) est l'un des plus sérieux candidats à la présidence. Son père dirigea le Togo de l'indépendance jusqu'au 1er coup d'état de Eyadéma en 1963. Son problème politique majeure découle du fait qu'il réside au Ghana depuis l'assassinat de son père pendant le Coup d'Etat de 1963. La tentative d'assassinat dont il fut victime en mai 1992 lors d'un voyage vers le Nord ne le motive pas à mettre un terme à l'exil qu'il s'est lui même imposé. Economiste formé à l'Université d'Oxford, il a travaillé pour les Nations Unies et le FMI. Son programme politique s'apparente à celui de la CDPA du professeur Gnininvi, même s'il se présente comme étant plus radical en préconisant une totale restructuration économique, l'unité nationale et la réconciliation. Cette dernière est vivement souhaitée dans ce pays depuis longtemps divisé entre d'une part le pilier du pouvoir de Eyadéma au Nord et la partie Sud dominée par l'ethnie Ewé de l'autre.

LA SITUATION POLITIQUE ACTUELLE

Le régime militaire de Eyadéma et l'opposition ont convenu de la tenue de nouvelles élections législatives en mars 2000 suite à des négociations menées l'année dernière. Un accord fut signé à cet égard au cours d'une cérémonie en présence du Président français Jacques Chirac. Malgré cet accord, Eyadéma n'a fait qu'établir une Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) de vingt membres le 30 juin 2000 laissant présager la tenue des élections dans les 60 jours qui suivirent. Mais le 30 août 2000 passa, sans qu'il y ait une nouvelle des élections.

La mise en place de la CENI a été plusieurs fois reportée en raison probablement d’une stratégie de retardement de Eyadéma. Le Comité Paritaire de Suivi (CPS) regroupant les représentants du gouvernement, de l'opposition et un groupe de médiateurs de l'Union Européenne était présidé par l'ancien Ministre des droits de l'homme, de la démocratie et de l'Etat de droit, Henry Octavianus Olympio, le cousin du principal leader de l'opposition Gilchrist Olympio vivant en exil au Ghana.

Peu de temps après la reprise du dialogue du CPS sur la réconciliation nationale, le 25 avril 2000, Henry Olympio le Président du comité a de justesse échappé à une tentative d'assassinat à l'extérieur de son bureau le 5 mai 2000 à Lomé. Henry Olympio avait apparemment  déjà été utilisé auparavant par Eyadéma pour diviser l'opposition et pouvait servir de cible pour retarder l'avancement des travaux du CPS. Le Ministre s'est déjà désolidarisé de son cousin Gilchrist Olympio, deux ans auparavant, quand il accepta de servir dans le gouvernement de Eyadéma. Il est perçu par la majeure partie de l'opposition comme un traître.

Après avoir survécu à l'attentat dont la responsabilité a par la suite été officieusement attribuée à la garde présidentielle, le Ministre Olympio fut chassé du gouvernement la veille d'un remaniement ministériel entrepris par Eyadéma le 12 juin 2000. Tout ceci se passait deux semaines avant la prestation de serment des nouveaux membres élus de la CENI. Henry Olympio a été remplacé au Ministère des droits de l'homme, de la démocratie et de l'Etat de droit par le Général Seyi Méméme, un très proche fidèle du Général Eyadéma.

Un autre remaniement ministériel a eu lieu le 24 août 2000. Gabriel Messan Agboyomé Kodjo du RPT fut nommé Premier ministre de Eyadéma en remplacement de Eugene Koffi Adoboli qui démissionna à la suite d'un vote de motion de censure de l'Assemblée. Le départ de Adoboli peut néanmoins être perçu comme émanant de la quête par le régime d'un bouc émissaire sur qui rejeter la responsabilité des problèmes économiques résultant de la mauvaise gouvernance de Eyadéma. Le nouveau Premier Ministre Agboyomé a déjà occupé auparavant les postes de Ministre de la jeunesse, culture et éducation et de Ministre de la sécurité et de l'administration territoriale. Il est membre du bureau politique du RPT et un fidèle bien connu de Eyadéma. Sa nomination vise à conforter l'emprise du Président sur le pouvoir 

Le 8 octobre 2000, Eyadéma effectua son dernier remaniement ministériel en remplaçant quatre Ministres à savoir celui du tourisme; de la communication; de la culture, jeunesse et sports et le Secrétaire d'Etat au développement du secteur privé. Les nouveaux Ministres sont Kossi Assimayibou, Bawa Semedo, Komi Klassou et Mme Angèle Aguigah.

LE CIRCUIT DU TOGO

Au sommet de l'OUA financé par la France, la Libye, le Nigeria et la Chine, tenu en mi-juillet 2000 à Lomé, le gouvernement angolais avait réitéré ses accusations sur l'appui actif apporté par Eyadéma aux rebelles angolais de l'UNITA dans le trafic de diamant et l'achat d'armes en Europe de l'Est. Le gouvernement angolais avait presque réussi à convaincre les pays de la SADC à boycotter le sommet de Lomé. Face à cette menace, Eyadéma expulsa 56 Angolais soupçonnés d'avoir des liens avec l'UNITA en guise de geste de bonne volonté envers la SADC.

Le rapport des Nations Unies sur les sanctions prises à l'encontre de l'UNITA/Angola (Rapport Fowler) montre comment le Zaïre de Mobutu a joué un rôle de négociant d'armes et de diamant pour l'UNITA dans le Nord de l'Angola. En 1993, Jonas Savimbi, leader de l'UNITA dépêcha un émissaire à Lomé pour faire part à Eyadéma de sa crainte quant à l'éventualité d'une interruption de l'exportation du diamant avec l'érosion de l'influence de Mobutu au Zaïre. Savimbi avait vu la nécessité d'utiliser le Togo comme une garantie pour la poursuite du commerce d'armes et de diamants. La machine militaire de l'UNITA a besoin d'un constant approvisionnement et en cas d'une éventuelle perte de contrôle de la situation au Zaïre, l'organisation aurait besoin d'un intermédiaire de secours pour fournir les certificats d'achats d'armes et servir d'intermédiaire entre l'UNITA et ANTWEP pour la vente de diamants en Belgique.

L'émissaire, le Colonel Alcides Lucas Kangunga, arriva à Lomé avec un paquet de diamants destiné à Eyadéma pour mieux le convaincre d’accepter de combler le vide que pourrait laisser Mobutu. L'émissaire finit par obtenir l'accord de Eyadéma vers la fin de 1993 et lui offrit les diamants en guise de remerciements de la part de Savimbi. Le Colonel Kagunga s'est finalement installé à Lomé en tant que représentant de l'UNITA au Togo. Selon les accords conclus, le Togo percevrait 20% sur chaque transaction réalisée.

Savimbi étant convaincu que les Etats Unis ont retiré leur soutien à Mobutu, le circuit du Togo fut activé en janvier 1997. Par la suite, les armes stockées à Kinshasa et Gbadolite ont été transférées dans les bases de l'UNITA au Nord de l 'Angola. Certains missiles anti-aériens SAM6 ont été transférés de Kinshasa à Lomé pour contourner l'équipe d'inspection des Nations Unies en Angola (UNAVEM). La mission de vérification des Nations Unies en Angola a été mise en place pour faciliter la restauration de la paix et le processus de la réconciliation nationale en Angola. Avec l'éviction de Mobutu Sesse Seko du pouvoir par Laurent Desiré Kabila au Zaïre, Savimbi fit recours à Eyadéma comme le principal fournisseur d'armes, conduisant à un transfert des vols chargés d'armes de l'Europe de l'Est vers le Togo.

Les Défis de l'avenir

Le circuit du Togo activé en 1997 a probablement aidé à financer la victoire de Eyadéma en 1998. Avec l'augmentation soudaine de la richesse générée par ce trafic illégal, la répression désespérée entreprise par le régime ces deux dernières années devient plus facile à saisir. Toutes les violations de droit de l'homme initiées par le régime doivent par conséquent être jugées.

L'un des pays les plus pauvres du monde, avec un système politique instable, le Togo peut aussi être considéré comme l'un des Etats les plus faibles en Afrique. Pour cela, le régime de Eyadéma continue à représenter une menace non seulement pour sa propre population mais aussi pour la stabilité de la région Ouest-africaine. Au paroxysme de la crise politique et l'escalade de la violence conduisant des centaines de milliers de réfugiés à traverser les frontières voisines du Bénin et du Ghana, le Président Rawlings du Ghana considéra l'option d'envoyer les forces de l'ECOMOG pour éviter un second Libéria en Afrique de l'Ouest.

Eyadéma sera tenu responsable de la persistance des difficultés économiques et des obstacles à la prospérité économique du Togo à cause de sa détermination à bloquer la démocratisation. La façon dont Eyadéma dirige le Togo comme si c'était son patrimoine personnel, avec un style autoritaire d'un autre âge, finira par constituer le principal obstacle à l'amélioration des relations internationales du Togo. Sans l'appui des donateurs extérieurs, l'économie sera davantage handicapée par une alimentation irrégulière et insuffisante en énergie.

Les plus proches amis de Eyadéma sont en France et en Libye, ce qui est paradoxal car les deux Etats prétendent être issus de révolutions populaires. L'Union Européenne (dont la France assure présentement la présidence) adopte une attitude beaucoup plus progressiste à l'égard des abus du pouvoir de Eyadéma. La Libye lutte quant à elle pour la réalisation de l'Unité africaine. Et tout ceci coïncide avec la présidence de l'OUA par Eyadéma, ce dictateur qui gouverne son pays avec la stratégie de "diviser pour mieux régner".

Après le volte face diplomatique de Mitterand sur sa politique africaine en 1993, on est en droit de se demander si la politique africaine de la France ne va pas encore une fois de plus sombrer dans un somnambulisme désastreux au Togo comme ce fut le cas au Zaïre de Mobutu en mai 1997. '' La France s'est obstiné à soutenir Mobutu jusqu'à la fin en prolongeant l'agonie et perdant ainsi sa légitimité auprès du nouveau régime; En même temps, les forces françaises ont été incapables de sauver Mobutu. La France était devenue par la suite tellement impertinente que Mobutu n'avait même pas informé ses officiels de sa décision de partir". (Grégory 2000, p. 441).

Par son appartenance à la zone franc, l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) et la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), la longue crise politique et l'instabilité économique du Togo continue d'affecter les autres pays ouest- africains et en particulier ses voisins immédiats, le Ghana et le Bénin. Fuyant le règne de la terreur et de la torture de Eyadéma, les réfugiés continuent à affluer au Ghana, organisant par la suite des incursions violentes au Togo. Bien que les forces armées togolaises n'égalent pas les forces militaires ghanéennes, une éventuelle mission suicidaire des forces armées togolaises au Ghana serait porteuse d'un très grand risque pour la paix et la stabilité en Afrique de l'Ouest.

Apparemment malgré la stratégie de division menée par Eyadéma, l'opposition togolaise n'est pas prête de représenter un vrai défi pour son régime. La multiplication des groupes de l'opposition pourrait être perçue comme un signe de l'amorce de la démocratisation mais pourrait aussi témoigner de la faiblesse et de la fracture de l'opposition. On remarque également l'absence d'une authentique politique adaptée aux besoins de développement de la population toute entière. La politique de développement initiée par Eyadéma pour le Nord semble à cet égard plus viable que l'attention que portent les partis politiques de l'opposition sur les intérêts des différents groupes ethniques du Sud. Ce n'est pas surprenant que Eyadéma ait un contrôle absolu et un considérable soutien non seulement au sein du groupe ethnique Kabré, dont il est originaire, mais aussi dans toute la partie Nord du pays. Actuellement aucun parti d'opposition ne dispose d'une assise remarquable au Nord. L'opposition démocratique togolaise semble bien destinée à rester dans l'opposition à moins de résoudre ses divisions inter-Ewé et d'établir une plate-forme nationale. C'est pourquoi nous pensons qu'il est d'une importance vitale que les forces de l'opposition non seulement renouent avec la coopération COD2 du début des années 90 mais aussi opèrent le choix décisif de savoir si elles doivent adopter à court terme une stratégie populiste s'appuyant uniquement sur l'élite Ewé du Sud ou de traiter tous les citoyens sur un même pied d'égalité indépendamment de leurs origines ethniques ou géographiques en considérant également les populations du Nord. La dernière option en plus du soutien qu'elle apportera à l'opposition peut aussi engendrer l'érosion de l'assise de Eyadéma dans le Nord.

Nous partageons la préoccupation d'Amnesty non seulement pour les victimes d'oppression et de meurtres mais aussi pour le sort de la population toute entière dans la course pour les prochaines élections de 2003. Eyadéma ayant dirigé de façon solitaire pendant 40 ans, une transition démocratique paisible n'est possible qu'avec le règlement efficace par le gouvernement togolais des questions des droits de l'homme et de la crise politique actuelle. Cela constituera un test crucial pour le Président et son parti en permettant de vérifier si les structures politiques mises en place après l'indépendance reposaient sur un homme ou si Eyadéma et son parti ont été en mesure d'établir des institutions étatiques durables. Pour faciliter le transfert pacifique du pouvoir à une nouvelle génération, les restrictions sur la société civile doivent être levées et la démocratie multipartisane encouragée. Les droits de l'homme doivent être garantis pour les citoyens sans considération de leurs opinions politiques ou origines ethniques.

Le Président Eyadéma semble bien disposé à rester au pouvoir principalement parce qu'il se confond au pays qu'il prétend représenter, au point de ne même pas avoir confiance aux Ministres de son cabinet. La plupart d'entre eux étaient des membres influents de l'opposition nommés par Eyadéma dans ses tentatives de cooptation de ses plus farouches ennemis, ce qui lui permettait de diviser et affaiblir l'opposition. En effet, la stratégie de cooptation, division et pacification de l'opposition par Eyadéma consiste à nommer et à renvoyer les membres de l'opposition intéressés par les portefeuilles ministériels.

La conviction qui habite Eyadéma d'être l'incarnation du Togo a été renforcée par les tentatives d'assassinats dont il a fait l'objet de la part des rebelles armés entrés au Togo à partir du Ghana. Il a même quitté sa résidence, le Palais présidentiel, attaqué en 1994 et 1993 à cause du manque de sécurité nocturne pour s'installer au quartier général de l'armée à Lomé.

Le fait pour Eyadéma de ne compter que sur le népotisme et le patronage ethnique en ne faisant confiance qu'aux membres de sa famille et à ses amis Kabré au Nord du pays renforce l'impression qu'il n'arrive plus, depuis longtemps, à dissocier sa personne de son pays. On peut observer cette tendance à compter sur des relations et loyautés personnelles même dans ses rapports avec des Chefs d'Etat aussi bien d'Afrique que d'ailleurs.

Les sanctions internationales prises par l'Union Européenne depuis 1993 à l'encontre du Togo peuvent renforcer davantage ses sentiments d'être persécuté. A cet égard, un accroissement de la pression internationale pourra plutôt conduire Eyadéma à revenir sur son engagement pour rester ou tomber avec la destinée du Togo.

Les pressions et menaces (avec des attaques armées) qui ont eu lieu jusqu'au moment où il avait promis d'organiser de nouvelles élections législatives en mars 2000 peuvent de la même manière s'avérer contre-productive, Eyadéma préférant toujours se défendre que de céder à la pression.

Le prix que la société civile, l'opposition active et les citoyens ordinaires ont payé pour la façon dont Eyadéma dirige le pays comme son patrimoine va au delà de toute mesure. Le nombre de cadavres et des prisonniers de conscience ne pouvant servir que d'indicateurs à la souffrance du peuple togolais. Il est tentant de décrire le Togo comme une chambre de torture Ouest-africaine, où toutes les préoccupations, autres que la protection du régime et la sécurité personnelle de Eyadéma sont considérées comme insignifiantes.

A la lumière de cette analyse, le sort de ses victimes et l'épouvantable situation des droits de l'homme sous Eyadéma en général, peuvent être perçus comme inacceptables mais constituent le nécessaire et inévitable prix à payer. L'usage de la répression et de la force brute en réponse aux demandes populaires de libéralisation politique peuvent entraîner le retour aux armes et conduire à une spirale de la violence, nécessitant le besoin d'intervention d'une force étrangère que le Président Rawlings proposa durant les pires affrontements entre l'opposition et le pouvoir dans les années 90.

Avec cette longue crise politique, les élections à venir sont à la fois un signe d'espoir et d'incertitude


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