La première
section traite de l’histoire du Mali deux manières : Premièrement, en considérant
la culture civique et politique du Mali comme enracinée dans l’histoire et
dans des tendances de long terme, ce qui est particulièrement significatif dans
la mesure où les gouvernements de la troisième République du Mali basent les
progrès actuels sur une perception d’un héritage commun et d’une culture
partagée. Deuxièmement, dans l’État post-indépendance, où plusieurs thèmes
centraux peuvent apparaître comme politiquement significatifs. L'anatomie et la
situation politiques actuelles sont des produits historiques et doivent être
comprises comme telles afin de pouvoir se prononcer sur l’avenir.
La deuxième
section examine les bases économiques de l’État. Dans l’ordre économique
mondial, le Mali compte sur quelques secteurs vulnérables et non diversifiés
et les implications de cette situation sont analysées relativement aux revenus
et aux capacités de l’État. La dégradation environnementale et la
croissance de la population sont également des facteurs pris en compte,
particulièrement les problèmes qu’ils présentent pour la jeunesse du pays.
Toutefois, malgré le sous-développement relatif du pays, il y a des motifs
d’optimisme lorsqu’on prend en compte les stratégies et les réponses créatrices
des maliens face à la situation économique.
Dans la troisième
section, l'environnement politique interne depuis le renversement de la
dictature de Moussa Traoré est pris de manière spécifique en termes de
construction institutionnelle, de résolution du conflit de l’Azaouad, de décentralisation
et de droits de l’homme. Les développements dans tous ces domaines ont eu
lieu sur la base de capital social local et à la faveur d’une vague de volonté
populaire de changer les choses ‘par le bas’. Dans tous ces domaines, des réalisations
remarquables ont été opérées avec très peu de ressources matérielles.
Dans la
quatrième section, la dimension internationale est prise en compte. Ceci apparaît
globalement sur des questions comme l’intérêt de la communauté
internationale à apporter son soutien à un gouvernement démocratique et
responsable. Dans la sous-région Ouest africaine, elle implique également le
rapport entre les intérêts nationaux du Mali et l’enjeu pour ce pays à
approfondir l'intégration économique régionale et la coopération sur des
sujets tels que maintien de la paix.
Après
l'histoire généralement positive indiquée dans les sections précédentes, la
cinquième partie soulève quelques motifs de scepticisme et de nombreuses
questions qui peuvent être des sources de problèmes. Le plus grand problème
potentiel qui émerge n’a pas trait à une question politique spécifique,
mais plutôt une perte de foi dans les institutions démocratiques en général.
Enfin, les
candidats probables, les enjeux et les résultats probables de l’élection de
2002 sont suggérés, sans oublier les contraintes dans lesquelles la nouvelle
administration devra fonctionner.
L'étude
s’attachera à démontrer que, plus que la victoire d’une personne ou d’un
parti, le processus électoral doit être transparent afin que le processus démocratique
malien reste sur sa bonne lancée.
L’ARRIERE
PLAN HISTORIQUE
L’espace qui
constitue aujourd'hui la République du Mali a été depuis la période médiévale,
le centre de nombreux royaumes et empires concentrés autour de la boucle du
Niger. Leur richesse a été basée sur le contrôle des routes commerciales
traversant le Sahara vers le Nord, et allant aux entités politiques des régions
forestières vers le Sud, aussi bien que sur le prélèvement de surplus sur les
fermiers et les pasteurs locaux sur lesquels ils régnaient.
Historiquement,
toutes les entités politiques du Mali ont été créées par une élite
appartenant à un groupe ethnique particulier, mais qui en ont généralement
incorporé d'autres. Ainsi, les empires (Malinké) de Sosso et du Mali, la
dynastie (Songhai) des Askia, l'invasion (Maure) du nord, le royaume (bambara)
de Ségou, l’état islamique (Fulani)
du 19ème siècle et d’autres encore étaient tous des
‘patchworks’ multiethniques établis par des conquêtes et des alliances.
Les identités ethniques sont ensuite croisées (ou subdivisées)
par des identités de clan/caste enchâssées dans des noms de famille,
avec des métiers traditionnels qui y sont associés. Ceci a doté le Mali
d’un héritage important en matière de coexistence et de traitement des
voisins différents, qui a été une des bases sur lesquelles un sentiment
national commun a été construit. Comme les gens le disent, ‘les maliens se
comprennent très bien entre eux’. La manifestation la plus célèbre de cela
est ce qui est connu en français sous le terme ‘cousinage’, ce rapport de
plaisanterie basé sur l'appartenance ethnique et le nom de famille qui est répandu
dans tout le pays.
La montée et le
déclin des empires ont abouti à l'imposition du règne colonial, du nom de
Soudan français (une entité multi-ethnique dominée par une élite vivant du
prélèvement de surplus), et l'incorporation de la région dans l'empire français.
Le mélange des peuples dans la région nouvellement conquise a rendu difficile
aux français l’utilisation d’un groupe particulier comme intermédiaire,
selon la méthode du gouvernement indirect. C’est ainsi que les causes de l'inégalité
durable et de possibles différends ethniques ont été évités dès le départ[i].
La colonisation
a coïncidé avec le déclin des routes commerciales intérieures en Afrique
occidentale au profit du commerce maritime. Ainsi la position économique du
Mali depuis le début de la période coloniale a été caractérisée par un
processus d'appauvrissement. Les tentatives visant à utiliser les eaux du Niger
pour faire du Mali le grenier de l'Afrique occidentale sont restées à un
niveau d’expérimentation, et d'autres projets français de développement
n’ont que timidement réussi à fournir un réseau routier joignant les villes
principales. La majeure partie des ressources coloniales françaises a été
dirigée vers des zones plus profitables telles que le Sénégal et la Côte
d’Ivoire, laissant le Mali à la veille de l'indépendance dans un état de ‘mare dormante’ et de sous-développement.
En fait, dans la
mesure où la majeure partie de la population du Mali est constituée
d’agriculteurs et d’éleveurs ruraux vivant aux confins du Sahara dans un état
de subsistance, le pays a toujours été fortement vulnérable aux changements
de l’environnement. Ceci est devenu plus évident lors des sécheresses des
années 70 et a joué un rôle en influençant des situations politiques à
divers moments de l'histoire récente du Mali.
L'indépendance
a été négociée à l'intérieur et entre les colonies d'Afrique Occidentale
française de 1946-1959. Deux thèmes majeurs qui se retrouvent dans des épisodes
ultérieurs du développement politique malien apparaissent d'abord à ce moment
là. Le premier est l’intégration régionale : le Mali était un des défenseurs
les plus convaincus d'une fédération des pays francophones d’Afrique
occidentale, pas parce que le pays était un bénéficiaire net des fonds des
autres colonies et ait été perçu par président Modibo Keita comme beaucoup
moins viable seul. C'était surtout un attachement à cet idéal fédéral, qui
a mené à une brève union avec Sénégal du président Senghor au début des
années 1960.
L'autre thème
remarquable est le rôle de la société civile dans la lutte pour l'indépendance,
rôle qu’elle devait rejouer en 1991. Bien avant que la société civile entre
dans le langage courant, le mouvement de l'indépendance s'est caractérisé par
une vie associative riche, qui s’était développée dans l’antre de l’État
colonial. Ceci ne renvoie pas
seulement aux élites instruites, basées à Bamako et fondatrices des partis
politiques émergents, mais également aux syndicats, notamment le syndicat
ferroviaire dont la grève en 1947 était une des premières manifestations
populaires modernes exprimant un sentiment anti colonial organisé.
Après la
rupture avec le Sénégal, le Mali de Keita a renforcé son orientation
socialiste pan africaine, fermant les bases militaires françaises, élargissant
les fonctions de l’État et agissant de concert avec les principaux autres états
radicaux d’Afrique de l’Ouest comme la Guinée de Sékou Touré et le Ghana
de Kwamé Nkrumah. Cette tendance se voit notamment dans l’acceptation de
l’aide Soviétique, celle de l’Europe de l’Est et celle de la Chine.
Cependant rétrospectivement, bien que les politiques de Keita puissent paraître
mal orientées, il a beaucoup contribué à donner du sens à l’indépendance
du Mali dans un contexte néo-colonial où la France a gardé une mainmise
totale sur les affaires internes de la plupart des autres États d’Afrique
occidentale.
En 1968, la
crise économique et les intérêts politiques probablement mobilisé par
l'ancienne puissance coloniale ont provoqué le renversement du régime de Keita
par des jeunes officiers dirigés par Moussa Traoré. Sous le nouveau régime,
le pays a plus ou moins continué sur la voie d’un état-socialiste, bien que
Traoré ait travaillé pour restaurer des relations avec l’Ouest (en
particulier France) plus tard. Une autre tentative de fédération régionale (cette
fois avec la Guinée) à la suite des sécheresses et de l’aggravation de la
pauvreté a pris fin avec la mort de Sékou Touré en 1984. En 1979 Traoré
civilise son pouvoir en créant un parti unique. Bien que Keita et Traoré aient
été des ennemis jurés, et bien que Traoré en soit arrivé à dépasser de
loin Keita en termes d'abus de pouvoir et de mauvais traitement de l'opposition,
leurs gestions ont plusieurs caractéristiques en commun : ils ont supprimé
la dissidence interne pouvant se manifester sous la forme d'autres partis
politiques et syndicats et tous les deux ont plus ou moins utilisé la violence
contre les ennemis et les concurrents internes éventuels. En outre, les deux régimes
étaient des gestionnaires incompétents de l’économie malienne, menant à
l’inefficacité et à la corruption, compromettant le développement et
l'efficacité de l'aide étrangère. Mais de manière plus significative, tous
les deux gouvernements étaient essentiellement basés à Bamako, fondés sur un
parti, centralisant fortement les affaires, Cette administration basée dans la
capitale était insensible aux besoins du reste de la nation. Le centre a été
enrichi aux dépens du reste du Mali - particulièrement le nord- Dans ce système,
il y a peu de place pour la prise de parole par la base. Le Mali était de plus
en plus, de 1960 à 1991, un exemple de ce que l'auteur camerounais Achille
Mbembe appelle la post colonie : une nation dirigée par une élite prélevant
sur elle le surplus, dont la puissance est basée sur l'appareil de domination,
plutôt que sur la légitimité du peuple[ii].
Ces thèmes tristement familiers d’autoritarisme, de corruption, de répression,
de mauvaise gestion économique et de sous-développement régional se sont
combinés avec une des sécheresses périodiques auxquelles les pays du Sahel
sont si vulnérables pour produire un soulèvement des populations Touareg de
l'Azaouad (régions nordiques) en 1990. Ceci et d'autres crises latentes ont précipité
les manifestations civiles à Bamako en mars 1991, qui ont d'abord été
violemment réprimées par les forces armées sur ordres de Traoré, causant la
mort de 106 personnes. Ultérieurement, cependant, l’armée a refusé d’obéir
aux ordres de continuer à réprimer des civils non armés et a fini par
renverser le dictateur le 26 mars, le remplaçant par Lt-Col Amadou Toumani Touré.
Ce dernier a présidé le pays pendant que les groupes de la société civile et
de l’opposition discutaient de l’avenir de la nation dans une conférence
nationale, un de dix rassemblements de ce genre tenus en Afrique francophone
entre 1989 et 1992. La volonté populaire exprimée par cette conférence a
produit des changements révolutionnaires: une nouvelle constitution, un chef
d'Etat civil et un gouvernement élus, un engagement fort en faveur d’un
gouvernement responsable devant les mandants, résultant de la prise de
conscience des dommages produits par la gestion fortement centralisée, un vrai
appel à la décentralisation effective afin que les régions du Mali aient un
certain contrôle de leur propre développement. Tous ces changements ont été
intégrés dans la législation par une vague d'euphorie nationale et un
consensus que les martyrs de 1991 ne doivent pas être morts inutilement.
Le conflit
Touareg a continué, atteignant un paroxysme en 1994 avec l'établissement des
milices armées par d’autres populations du nord et l’éclatement des
groupes insurgés, qui ont mis le pays au bord de la guerre civile. La démocratie
nouvellement née au Mali a été liée à la volonté populaire, et quand le
processus de paix a été lancé, il est venue non pas du haut, mais de
dynamiques très localisées. Le dialogue entre les parties en guerre a été établi
avec le soutien international, mais le processus qui a mené aux cérémonies
dites des ‘‘Flammes de la paix’’ à Tombouctou en mars 1996 vient entièrement
d’initiatives locales, basées sur des traditions villageoises, sur des
processus de construction du consensus traditionnellement utilisés dans les
rapports inter ethniques et inter communautaires. C’est cela le capital social
indigène sur lequel la troisième République malienne est consciemment basée,
et le programme de décentralisation supporte la paix ainsi établie en
s’attaquant au sous-développement du Nord qui, en premier lieu, est la source
du conflit.
Il y a de fortes
raisons de croire que le pluralisme et le gouvernement décentralisé sont
historiquement des ‘‘voies maliennes’’[iii].
Cependant, car nous le verrons, la continuation dans cette direction est loin
d’être assurée et le processus est vulnérable à une déstabilisation de
plusieurs manières. La meilleure garantie pour la jeune démocratie du Mali est
le maintien de l'enthousiasme populaire.
CONDITIONS
ÉCONOMIQUES
Il est utile à
ce stade de la réflexion, de jeter un coup d’œil au contexte économique
dans lequel le processus politique au Mali prend place. Ni dans le sens étroit
des indicateurs économiques conventionnels, ni dans un sens plus large
comprenant les paramètres de la population et de l'environnement, la situation
n’est encourageante. Le Mali demeure un des pays les plus pauvres en Afrique
occidentale, avec un PIB/habitant de $820, et un des moins développé et
diversifié, avec 80% de la main d'œuvre occupée dans l'agriculture ou la pêche
sur le fleuve Niger[iv]. Comme plusieurs de ses
voisins de la région, le Mali a une économie essentiellement tournée vers le
secteur primaire avec une faible capacité industrielle ou en matière de
services. Les plus grands produits d'exportation du Mali sont l’or et coton,
suivis de près par le bétail.
L'industrie
aurifère, située dans le sud-ouest, particulièrement autour de Kangaba,
continue à survivre à la baisse mondiale des prix de l'or en raison du bas
prix de la production (du lui-même à l'extraction à ciel ouvert et au bas coût
de travail au Mali). Les nouveaux projets sont en cours, par exemple chez Syama,
un projet typique dans le sens ou il est dépendant du capital et de la gestion
étrangers: la propriété est détenue à 40% par Anglogold (Afrique du Sud),
40% par IAMgold du Canada et 20% par le gouvernement malien[v].
Le coton,
cependant, est doublement dépendant des fluctuations dans le prix et des
fluctuations dans les précipitations. Bien que l'industrie soit rentable à
l'heure actuelle, une diminution affectera un grand nombre de communautés,
particulièrement dans la région de Mopti. Ce sera plus important qu'une récession
concernant l’or car la majorité de producteurs de coton sont les producteurs
indigènes. De plus, le coton est vital pour des communautés entières, et une
vie associative riche s’est développée autour de la politique agraire[vi].
Les activités
à valeur ajoutée potentielle telles que des usines de textile sont non-viables
car leurs produits sont concurrencés par des produits provenant des usines
asiatiques et des vêtements importés de l'Europe sur les marchés locaux.
Ainsi, il y a une tendance que l'économie restera non diversifiée.
Le bétail, les
moutons et les chèvres, bien que constituant seulement le tiers des produits
d’exportation, sont de certains points de vue plus significatifs que l'or et
le coton car ils font vivre beaucoup plus de producteurs de petite taille,
particulièrement chez les Peul et les Touareg. En 2000, le troupeau national
malien comptait environ 20,2 millions d'animaux[vii].
Contrairement à l'or et au coton, la plupart de ces exportations vont dans les
États de la région, alimentant particulièrement les centres urbains de Côte
d’Ivoire et du Ghana. Elles sont cependant vulnérables de deux manière :
D’abord, elles sont sensibles aux conditions environnementales, comme vu
ci-dessous, et ensuite les exportations ont parfois été minées par la
politique de dumping de l’Union européenne qui inonde les marchés africains
de viandes bon marché de viande afin de supporter les fermiers qui font de la
surproduction en Europe.
Le Mali a
d’autres exportations moins significatives qui valent la peine d’être
mentionnées ici : il a le plus grand nombre de musiciens internationalement
connus que n'importe quel pays
africain et il a un héritage riche qui est exploité de deux manières: légalement
par l'industrie du tourisme (encore minuscule), et d'une manière illégale par
l'exportation des antiquités volées.
La vulnérabilité
environnementale de l'économie du Mali peut être vue dans les sécheresses du
passé, qui n'étaient pas des petits phénomènes économiques puisqu’elles
ont toutes eu des répercussions politiques profondes. La ‘‘sécheresse’’
au Sahel, qui était plus aiguë dans les années 1973-74 et 1983-85 a dévasté
la production de céréales et le troupeau national, rendant le Mali énormément
dépendant des importations et de l’aide. Ceci a été un des facteurs qui ont
mené à l'affaiblissement du régime de Moussa
Traoré. En outre, le retour d'Algérie et de Libye des réfugiés Touareg qui
ont fui la sécheresse, ajouté à ceux dont la vie pastorale a été détruite
par le manque de pluies et qui n'ont donc eu aucun intérêt dans le statu quo,
étaient les causes principales derrière la révolte 1990-1996.
Population
Les risques
environnementaux ne sont pas une constante, mais un danger qui augmente à
mesure que la population augmente. La population du Mali compte environ 10
millions d’habitants, soit une croissance de 1 million depuis 1995, ce qui est
un problème significatif si l'économie déjà fragile commence à ralentir.
Comme l’élevage et l’agriculture
atteignent les limites de leur capacité, un plus grand nombre de personnes
s’installe dans les villes de Gao, de Tombouctou, de Ségou, de Mopti et
particulièrement de Bamako. Ajouté au nombre de personnes croissant qui
naissent dans les villes, on a un poids sur l'infrastructure et les services,
particulièrement ceux fournis aux jeunes.
La jeunesse
La
question de la jeunesse présente un défi au Mali comme dans beaucoup d'autres
Etats africains. 45% de la population est en deçà de l'âge de 15 ans[viii]
et cette cohorte d'âge représente plusieurs problèmes, présents et à venir.
A long terme, la croissance économique devra suivre les demandes de cette génération
pendant qu’elle devient adulte. A court terme, le gouvernement devra investir
plus dans la jeunesse en assurant d'éducation et des emplois, et en faisant en
sorte que la jeunesse se sente politiquement impliquée. Les jeunes des villes
du Mali voient déjà l’État comme le moyen principal de promotion, mais également
comme force accablante incompréhensible[ix].
Le mystère de l’État doit être dissipé et les jeunes marginalisés doivent
être intégrés dans les processus politiques traditionnels. Autrement nous
avons de grands avertissements de sierra Leone sur la manière dont des jeunes désœuvrés
peuvent être manipulés et devenir une force de déstabilisation.
En fait, il y a
des signes qu’actuellement l’État malien ne peut pas faire face aux
demandes et aux aspirations de ses jeunes. Il y a un nombre, petit mais
significatif, de jeunes sans emploi et d'enfants de rue qui profitent de
n'importe quelle situation de manifestation pour commettre des actes de violence
et de pillage. On a pu les voir en action en 1991, par exemple. Mieux encore, ce
sont les émeutes d'étudiant qui ont causé la démission du gouvernement en
1994. Plus significatif, le système éducatif malien est dans un état de crise
permanente à tous les niveaux, en termes d’inscription, de capacité, de taux
de passage, bien que le taux d’alphabétisme montre quelques améliorations en
matière de lecture et d’écriture, l’enseignement se faisant de plus en
plus dans la langue maternelle des enfants alors que ceux-ci sont encore très
jeunes.
Migration
des travailleurs
Heureusement, il
y a dans une certaine mesure une soupape de sécurité en ce sens que comme son
voisin, le Burkina Faso et depuis longtemps maintenant, le Mali a été un grand
exportateur force de travail, régionalement et mondialement. En Côte
d’Ivoire il y a 2 millions de maliens environ travaillant dans les plantations
de cacao et dans l'économie informelle (bien que, comme mis en exergue récemment,
ceci inclut également un grand nombre de jeunes issus de familles pauvres et
vendus comme domestiques, voire esclaves dans les plantations). Beaucoup de
maliens ont également émigré en France, où ils travaillent en tant que
travailleurs manuels, principalement confinés aux travaux non qualifiés.
L’argent envoyé au Mali par ces ouvriers est une source réelle de capital
que la famille peut utiliser pour le développement, spécialement ainsi dans la
région déshéritée et sous-développée de Kayes. Les Sarakollé de cette région
croient que la marque d'un homme est sa capacité à voyager à l’autre bout
du monde pour se réaliser et envoyer de l’argent à sa famille.
En plus des
jeunes et aptes, qui sont assez chanceux pour être en mesure de chercher un
emploi et de l’avancement à l'étranger, il y a également un certain nombre
de groupes marginalisés et désavantagés dans la société malienne, qui
n’ont pas une position aussi intéressante.
Ceux-ci seront traités plus loin dans cette étude: pour l’instant, notons
simplement que certains ont les racines de leur marginalité dans les systèmes
traditionnels de la société de Sahélienne, alors que la position précaire
d’autres est plus clairement le produit de la modernité.
Le problème le
plus sérieux auquel le Mali fait face en tant qu’État est un produit de
l’augmentation de population et de la dégradation environnementale avec la désertification
qui empiète sur les terres productives. Comme les bases des ressources
diminuent et en l’absence d'une plus grande productivité économique, les
revenus de l’État seront le déclin graduel, mais constant de même que les
capacités de l’État. Ceci n’affectera pas simplement la capacité de l’État
à exécuter des fonctions de base comme l’éducation, la sécurité, etc.
Ceci aura également des implications profondes pour le progrès de la réforme
démocratique à laquelle les gens aspirent comme on l’a vu dans les
consultations nationales. Par exemple, pour que la décentralisation soit
effective, il faudra donner aux nouvelles autorités locales des budgets et une
indépendance financière viables et
le gouvernement doit trouver les ressources à leur fournir[x].
Cette incapacité
constante de disposer des moyens de remplir les fonctions de base a été à
l’origine de beaucoup de perturbations politiques. Ainsi, les émeutes menées
par les étudiants en 1994, suite à la dévaluation de 50% du franc CFA, ont
conduit à la démission du premier gouvernement et du Premier ministre et en
1998, les étudiants sont descendus à nouveau dans les rues, ce qui a conduit
à des manifestations et à des émeutes du pain car ils se plaignaient du
manque de fourniture de produits de première nécessité.
Ces émeutes d'étudiants
aident également à mettre à jour la crise permanente dans le système éducatif,
qui a été une source constante de problèmes avec le gouvernement. Le système
n'est pas simplement en crise au niveau le plus élevé, mais il est également
totalement insatisfaisant à tous les niveaux de base. Dans l’Afrique sub-Saharienne
généralement, des efforts visant à remédier à ces problèmes sont entravés
par l'endettement et la rhétorique de l’ajustement structurel qui prône le
retrait de l’État.
Tous les
facteurs ci-dessus dépeignent une image assez sombre de la viabilité économique
de l’État malien, dépourvu financièrement et sous la pression des marchés
mondiaux, de la dégradation de l’environnement et d’une démographique
galopante. Pourtant ce n'est pas tout à fait la vraie image.
Paradoxalement,
je soutiendrai l’idée que la pauvreté relative du Mali augure bien de la
suite de la réforme démocratique. Le manque de ressources importantes et
facilement exploitables a probablement été une des raisons qui ont permis de
se débarrasser du régime militaire autoritaire de Moussa Traoré et de sa
clique, et de consolider l’autorité des civils sur les militaires après
1991. J'affirmerai que, partout où il y a des ressources importantes qui
peuvent être mobilisées par les détenteurs du pouvoir d’État, il est
difficile de chasser les despotes et les dictateurs et, même s’ils le sont,
d'autres éléments qui leurs sont fidèles risquent de reprendre le dessus.
Ainsi les diamants de la Sierra Leone, le pétrole du Nigeria et la richesse de
la RDC ont abondamment contribué à inciter les dirigeants égoïstes à
s’accrocher au pouvoir. Mais l'absence de ce genre de ‘pot de miel’ dans
le cas du Mali a signifié qu’une fois que le dictateur a été renversé par
la volonté populaire, il n’y avait plus de raison majeure de s’opposer au
changement. Ainsi, au lieu de voir le Mali comme peu doté en ressources
naturelles, et donc condamné au sous développement, nous devrions nous féliciter
qu’il ait échappé à la malédiction des riches.
Par
ailleurs, le
problème des ressources étatiques n’est pas aussi aigu qu'il pourrait
sembler. Il est partiellement allégé depuis le semi retour dans le giron
francophone en 1968 par l’appui annuel de la France pour diminuer le déficit
du budget national. Les projets sociaux du Mali, bien que faisant face à de
grandes difficultés, deviennent moins impossibles car des finances stagnantes
de l’État sont dans une certaine mesure soutenues par l’aide internationale
croissante en raison de la popularité du Mali. Cet aspect sera traité plus
longuement dans une section ultérieure.
L'ENVIRONNEMENT
POLITIQUE INTERNE ET L'HISTOIRE RÉCENTE
Le pouvoir du Général
Moussa Traoré était malheureusement une dictature typique de la période de la
guerre froide. Mais c'est la manière dont s’est opéré son renversement qui
constitue le tournant dans la réforme politique malienne et qui a donné la
tonalité des développements politiques ultérieurs.
Le renversement
de Traoré faisait partie de la vague de mouvements sociaux et de conférences
nationales qui ont balayé la scène politique africaine francophone entre 1990
et 1992, et elle a progressé par étapes. Puisque les partis politiques avaient
été interdits sous la dictature militaire, des oppositions subtiles avaient été
bâties autour d’organisations culturelles comme la coopérative ‘‘Jamana’’
du Dr. Alpha Oumar Konaré. A mesure que les pressions ont crû concomitamment
à la faillite de plus en plus grande de l’État, les groupes d'opposition
tels que CNID[xi]
et l’ADEMA[xii] (dirigé par Dr. Konaré)
ont organisé les manifestations pro démocratiques en 1991, qui ont été de
plus en plus violemment réprimées. Les écoles étaient fermées et les
militaires ont été déployés dans les rues de Bamako. A la date du 22 mars,
106 personnes ont été tuées dans les violences politiques à Bamako[xiii].
Il est important de noter qu’alors que la grande majorité de ces morts étaient
provoquée par les forces de sécurité, il y avait également des règlements
de comptes politiques ou personnels dans ces moments d’instabilité.
L'existence du ‘‘deux-cent cinquante francs’’[xiv]
prouve que ce n'était pas complètement une révolution de velours du peuple.
La deuxième étape
de la révolution est venue le 26 mars quand les militaires, fatigués d’être
utilisés comme un outil de répression et ayant eux-mêmes souffert sous Traoré,
renversent le président et positionnement le Lt-Col Amadou Toumani Touré comme
chef de l’Etat. Cette situation a immédiatement provoqué les protestations
de la coalition des forces démocratiques d’opposition, qui ont été alors
invitées par Touré à collaborer au sein du gouvernement de transition tout
comme au sein du CTSP.
La troisième étape
était la tenue d'une conférence nationale à Bamako vers la fin de 1991. Comme
la conférence au Bénin, elle a eu plusieurs tâches: approuver un cadre dans
lequel tenir les élections, écrire une nouvelle constitution pour la troisième
République du Mali et discuter de l’avenir politique. En tant que tel, il a
inclus des représentants de tous les groupes de la société civile ayant un
intérêt pour la politique nationale.
Ceci nous amène
à la quatrième étape: par la suite, le pays est allé au référendum sur la
nouvelle constitution (le 12 janvier 1992), aux élections municipales, à deux
séries d’élections législatives (le 23 février et le 8 mars) et à deux séries
d’élections présidentielles (le 22 mars et le 5 avril). Ces élections ont
abouti à la victoire de ADEMA et de Konaré élu comme président de la
République.
Ainsi, la révolution
au Mali était le résultat de la combinaison des actions des groupes de la société
civile, du malaise des masses et, de manière cruciale, de l'intervention des
militaires. Mais les choses dépendent aussi de la manière dont ces groupes ont
évolué. Les militaires, plutôt que vouloir s’accrocher à la place nouvelle
qu’ils venaient d’acquérir se sont assujettis au contrôle des civils (ce
qui inclus le démantèlement des groupes potentiellement déstabilisateurs au
sein de l’armée). Très sagement, l’ADEMA, qui aurait facilement pu adopter
une approche autoritaire de gouvernement compte tenu de son écrasante majorité,
a préféré à maintes reprises la consultation avec la société civile et le
peuple, pas seulement quand des crises apparaissent, mais également pour décider
de la direction dans laquelle s’engage le pays.
Ainsi, les Journées
Nationales de 1991 et les concertations régionales semblables de 1994 étaient
des initiatives destinées à construire un consensus avec la société civile
des régions du Mali. Il en est sorti une volonté nationale claire en faveur de
la décentralisation du gouvernement. De telles consultations ont exécuté la
double fonction de distinguer le nouvel état du centralisme hautain de
l’ancien aux yeux du peuple, et de sortir d'une politique de confrontation
ouverte entre les élites au profit d’un gouvernement de la communauté
nationale véritablement inclusif et légitime. Les actions rétributives du
nouveau gouvernement étaient également limitées et humanitaires. Traoré et
ses ministres ont été condamnés à la peine capitale, mais ces peines ont été
commuées en prison à vie pour crimes économiques et pour les évènements
sanglants de 1991.
La révolte de
l’Azaouad de 1990 à 1996 constituait également une revendication en faveur
de l’établissement de nouvelles institutions au Mali, d’une administration
et d’un retour aux mécanismes traditionnels de recherche du consensus. La révolte
dans le nord, catalysée par des conditions environnementales et par le retour
des réfugiés mentionné ci-dessus, en combinaison avec le sous-développement
régional et le ressentiment contre le régime (alors répandu au Mali), a
abouti à un accord de paix de courte durée en 1991 et ensuite au Pacte
National de 1992. Cependant, la guerre a continué, atteignant un paroxysme en
1994 au point où elle a menacé le processus démocratique et le gouvernement
civil au Mali. Avec la formation des milices sédentaires de légitime défense
comme le Ganda Koy chez les Songhaï, le pays a failli sombrer dans la guerre
civile. Heureusement, au lieu de prendre cette direction, ainsi que nous le
montrent Robin-Edward Poulton et Ibrahim AG Youssouf dans ‘ A Peace in
Timbuktu’[xv],
une paix durable et un programme de désarmement ont été construits au fil des
années. Ce processus a commencé avec la participation des communautés de base
et des leaders des clans Touareg. Des intermédiaires de la société civile
locale et nationale des deux sexes et des personnages religieux ont été
impliqués. Il fallait voir comment une confiance mutuelle pourrait être établie
afin que le désarmement commence. C'était un plan d’ensemble, ne se
terminant pas avec les flammes de la paix et la destruction des armes en 1996.
Il y a au-delà, la question de la réintégration des ex-combattants dans la
vie civile. Dans tout ce processus, la communauté internationale a agi en tant
que facilitateur des initiatives prises à un niveau local ou national, plutôt
que d’imposer un modèle de paix de l’extérieur. Ce processus de paix était
allé de pair l'utilisation du capital social traditionnel et de la prise en
compte du niveau local dans la reconstruction
de l’État malien. La réforme démocratique et le règlement du conflit de
l’Azaouad étaient des processus interdépendants.
Deux autres
aspects du processus de paix se trouvent dans l'apparition d'une doctrine que
l’on pourrait qualifier de ‘‘sécurité d’abord’’, guidant les
efforts internationaux de résolution de conflit et la mise en oeuvre ultérieure
d’une initiative de maintien de la paix. Cela implique que l’on prenne
conscience du fait que la paix est seulement soutenable quand la sécurité
nationale et personnelle sont assurées. En relation avec ce qui précède, il
faut souligner le rôle pionnier que Mali a joué en demandant l’interdiction
du commerce des armes légères considérées comme un des principaux facteurs
de déstabilisation en l’Afrique occidentale. Ceci a eu comme conséquence le
moratoire de la CEDEAO sur l'importation, l'exportation et la fabrication des
armes légères, signé à Abuja en 1998 et la création du PCASED pour contrôler
le respect de ce moratoire.
La décentralisation
et la maîtrise de leur développement par les régions (y compris la création
d'un commissariat du Nord) à la suite des consultations nationales et la révolte
des Touareg représentent d’une certaine manière, la fin d’un système
autoritaire où tout vient du haut, où l’État est fortement centralisé et
son remplacement par un système ascendant et plus sensible aux droits des
citoyens[xvi].
La vraie décentralisation
a été enchâssée dans la législation établissant une administration régionale,
des communes urbaines et rurales, le tout orienté vers le niveau villageois.
Cette politique est basée sur l’idée que le Mali a un héritage de politique
communautaire, de construction du consensus et sur le fait que beaucoup de décisions,
par exemple l’utilisation de la terre, ont été prises selon le modèle de
l’arbre à palabre, au village, excluant complètement les structures
insatisfaisantes de l’État. La décentralisation peut également élargir la
base de ceux impliqués en politique, au delà des élites traditionnelles.
Ainsi que l’a
noté à juste titre un analyste, le
fait que le gouvernement de Konaré ait mis en place un des programmes de décentralisation
les plus complets en Afrique jusqu'ici, volontairement et sous une pression
minimale, pratiquement dès son entrée en fonction, a considérablement donné
au gouvernement post militaire en principe faible ainsi qu’à l’ADEMA, une
grande légitimité populaire et un large soutien local, à
l’extérieur des centres urbains[xvii].
Toutefois, le processus est ambivalent. Les partis d'opposition s'inquiètent
qu'il soit impossible, sans compter également l’idée que la multiplication
des gouvernements locaux peut également multiplier les possibilités de népotisme
et de corruption. Un directeur malien d’une O.N.G. travaillant dans la région
de Mopti voit le programme de décentralisation comme problématique de trois
points de vue : en partie parce que traces de la mentalité de chef de la période
monolithique continuent à exister chez les élites politiques, en partie parce
que les confusions surgissent continuellement entre les divers acteurs désignés
aux positions de pouvoir dans des affaires locales, et en partie parce que les
acteurs actuels débattent de la question de la rupture entre l’État et la
société civile qui est toujours un idéal inachevé[xviii].
Comme mentionné
ci-dessus, les réformes engagées par le Mali (aussi bien que la rhétorique
politique de certains des candidats potentiels à l’élection présidentielle)
sont consciemment basées sur les formations traditionnelles et le capital
social indigène, considérés comme faisant le lien entre la démocratie
malienne et les valeurs culturelles traditionnelles de ses populations. Ainsi
les formes riches de vie associative qui existent sous la troisième République
incluent de nombreuses initiatives traditionnelles, des banques de micro crédit
de femmes. Il y a aussi celles qui ont des caractéristiques traditionnelles et
modernes, telles que des groupes de jeunes et ceux qui ont une certaine histoire
dans la période post indépendance du Mali,
tel que des associations de producteurs de coton au village[xix].
En dehors de cela, on s'attend à ce que la capacité à discuter, la coopération
et l'autonomie se développent. Alhassane considère que ‘‘le contexte de la
décentralisation en cours au Mali (…) stimulera la participation populaire à
la planification du développement, en particulier au niveau local’’[xx].
Un exemple serait le développement du code de pastoral pour régler le problème
de l’accès à la terre et les interactions entre les éleveurs et les
agriculteurs qui est maintenant à l'étude. Il y a également les institutions
semi étatiques actives et réussies au Mali aujourd'hui : un exemple serait les
réseaux organisés à l’échelle nationale des associations locales de
jeunes, ou encore les organisations et les réseaux promouvant l'éducation sur
le SIDA.
Depuis les événements
de 1991, la position du gouvernement malien envers les droits de l'homme et les
libertés a été extrêmement éclairée. En plus des peines commuées des
dignitaires du régime précédent mentionnées ci-dessus, le pouvoir a continué
à répondre proportionnellement et avec retenue aux problèmes survenus
ensuite. Cette attitude conciliante a été une marque de la présidence de
Konaré et s’est révélée payante en empêchant la radicalisation de
l'opposition politique. Après des perturbations résultant de la position
privilégiée de l’ADEMA (la prime au sortant ) lors des élections de1997[xxi]
Konaré a entrepris des démarches (auxquelles les barons de son régime n’étaient
pas favorables) vers la réconciliation avec l'opposition radicale parlementaire
et extra parlementaire. Cette réconciliation, a eu pour résultat un
gouvernement de large coalition dominé par l’ADEMA. Cette période a été
marquée aussi par des épisodes de violence politique (le plus notable étant
le lynchage d'un officier de police à un rassemblement de l’opposition) et
l’arrestation d’activistes politiques qui, plus tard, ont bénéficié
d’une amnistie présidentielle. La même approche a été appliquée en réponse
aux perturbations au niveau local aux élections municipales et lors de
manifestations d’étudiants.
En outre, la
prison tristement connue de Kidal (un symbole des années de la répression) a
été fermée en 1997. Des libertés de presse sont garanties dans une loi adoptée
en 1992 et au Mali, paraît une variété de journaux et de périodiques[xxii].
Etant donné le taux d’instruction et les difficultés de la distribution, la
radio est cependant d’une importance beaucoup plus grande que les journaux. Le
Mali démocratique a, au dernier décompte, près de 100 stations de radio émettant
en langues locales[xxiii].
En raison du flétrissement à long terme de la capacité d’action de l’État
-particulièrement dans le nord- tout au long des années de la dictature
centralisée, les radios émettant en langues locales, qui atteignent
approximativement 80% de la population, sont d’une valeur inestimable en
aidant les maliens vivant dans les zones rurales à avoir la sensation de
constituer une partie de la communauté nationale plus large, ce qui est ainsi
un facteur permettant de maintenir ces personnes impliquées dans les affaires
nationales.
Le Mali démontre
également son engagement en faveur d’un gouvernement transparent par des
initiatives telles qu'une session annuelle télévisée du gouvernement central
au cours de laquelle les plaignants viennent de toutes les zones de la nation
pour demander la résolution des conflits locaux. Il reste à voir si cette
pratique, relent des royaumes médiévaux de la savane, est utile ou surtout
symbolique dans son efficacité. Il est en fait difficile de distinguer ce qui
est réellement utile de ce qui est symbolique dans cette situation, d’autant
que rattacher les pratiques et les structures du gouvernement démocratique aux
codes locaux et aux formes traditionnelles a été une des grandes forces du
gouvernement actuel.
Ainsi, au total,
en reconstruisant l’État du niveau local au niveau national, les maliens ont
jusqu'ici réalisé des choses remarquables avec très peu de moyens. Ceci
s’explique en partie par la prise de conscience par les autorités que
beaucoup peut être fait en utilisant le capital social existant, et en
permettant au potentiel déjà existant chez les maliens d’être mieux utilisé.
D’autre part, cela s’explique par les formes multiples de la société
civile moderne et traditionnelle qui ont joué un rôle dans la transition et la
construction de la paix. Mais tout cela prouve également quelque chose au sujet
de la volonté des gens ordinaires et de leur participation dans des processus
politiques.
Les théories de
modernisation soutiennent que le développement économique mène au changement
des attitudes et par la suite, de la culture politique, le résultat étant un
gouvernement démocratique et une bonne gouvernance[xxiv].
Selon ce schéma fonctionnaliste, les phénomènes comme l’apparition d'une
classe moyenne de bourgeois créent des appels pour une participation politique
plus grande. Pourtant, dans le cas de la transition du Mali à la démocratie,
il est clair que le changement politique suite à une vague de protestation
populaire est intervenu en l'absence de vraie amélioration de la situation économique
du peuple : en fait une des raisons de la révolution résidait dans la
poursuite de la crise économique et (en contradiction totale avec la théorie
de la modernisation) l’idée que la seule clef permettant la création de
richesses et le développement était le renversement du régime corrompu et la
mise en place d'un gouvernement démocratique. En plus, la démocratisation au
niveau régional n'a pas tellement été initiée par les actions des acteurs
politiques instruits et par les élites de la classe moyenne, mais par la nécessité
de résoudre la rébellion armée des groupes ruraux du nord exclus et mal
instruits.
Cette histoire
qui contredit le fonctionnalisme est également vraie au Sénégal voisin, pays
dans lequel Abdoulaye wade et les partis d'opposition ont assuré une alternance
pacifique au pouvoir en 2000, prouvant de ce fait la consolidation de la démocratie
apaisée, en dépit d'une situation économique stagnante (et selon certains, déclinante).
POSITION DU MALI DANS LA SOUS REGION ET DANS LE MONDE
Pendant que la
sous-région Ouest africaine devient de plus en plus interdépendante et
globalement intégrée, il semble raisonnable de voir le développement de Mali
en dehors du contexte purement domestique. Il y a également de fortes raisons
d'être optimiste au sujet de l’avenir de la démocratie au Mali, qui
proviennent des interactions régionales et internationales. Certaines de ces
dernières prennent la forme de primes à la démocratie qui ont récompensé la
stabilité continue du Mali dans une région de plus en plus instable.
À la suite des
réformes mises en marche depuis 1991, Mali est une destination populaire pour
des fonds d’aide. À un niveau national, on le voit la nécessité et la
possibilité de dépenser l’aide reçu de façon responsable. Et à un niveau
local, le contexte politique stable rend possible pour les donateurs et les
O.N.G de s’impliquer dans des projets de développement à long terme dans des
villes et des communautés rurales au Mali. Par exemple, ‘‘save the
children’’ est impliqué dans un projet sur 15 ans visant l’alphabétisation
et les infrastructures à Kolondiéba, dans le sud du pays. L'O.N.G. locale
ADAC, en partenariat avec le ministère britannique des relations
internationales coordonne l’épargne et des banques de micro-crédit pour des
femmes dans une grande partie de la région cotonnière du Mali et Oxfam est
impliqué depuis un certain temps maintenant dans des activités semblables,
tout comme dans des projets communautaires de petite taille pour aider des
habitants du nord à devenir plus capables de survivre durant des périodes de sécheresse
et de reconstruction.
Sur une échelle
nationale, l'aide gouvernementale française et l'agence américaine d’aide
USAID sont devenues toutes les deux plus actives ces dernières années, car le
Mali est sur plusieurs points, un pays idéal dans lequel elles peuvent mettre
en application leurs programmes destinés à aider à mettre en place des
gouvernements responsable et engagés dans la voie du développement.
Naturellement ceci masque également la lutte d’influence croissante entre la
France et les États Unis dans l'Afrique francophone post guerre froide, mais
nonobstant les intérêts en jeu, il est encore vrai que réformes politiques et
aide (évaluée en 1998 à $308 millions)[xxv]
sont corrélées.
Le Mali a déjà
parcouru un long chemin dans la voie de la libéralisation économique et de
l’ajustement structurel, et l’expérience a comporté aussi bien des coûts
que des avantages. Les PAS ont affaibli la capacité déjà minuscule de
services sociaux, mais parce que ces changements ont été introduits
graduellement par un gouvernement responsable, ils ont occasionné moins
d'instabilité que dans quelques États moins démocratiques de la région, où
les PAS ont réduit la capacité des chefs corrompus à maintenir un semblant
d’unité par la méthode du patronage tout en réduisant le niveau vie,
conduisant de ce fait à la violence et à l'instabilité. Le gouvernement
malien, en revanche, a un mandat populaire qui lui donne une position plus forte
pour négocier les agendas de réforme imposés de l’extérieur et les adapter
selon les coutumes aux besoins de la nation. Certes, l'investissement étranger
et la libéralisation font naître des craintes que le pays soit soumis à une
autre forme de colonisation, d’autant que des services auparavant dans le
secteur public tombent dans l’escarcelle des intérêts français.
Ce régime
d’ouverture tous azimuts comporte cependant également des réussites, comme
dans le cas des mines d'or mentionnées ci-dessus. De plus en plus, les
Etats-Unis et la France se concurrencent pour investir, comme le prouvent d'une
part le sommet Franco-African et les réunions bisannuels de la Francophonie, et
d’autre part, le sommet des Africains-Américans et la visite du nouveau secrétaire
d’État Colin Powell au Mali pendant sa tournée africaine. En outre le Mali
se félicite des initiatives Sud-Sud, telles que l'aide indienne visant à développer
les infrastructures d’eau potable dans la région de Tombouctou.
Dans la mesure où
il a accepté le paradigme néo-libéral, le Mali est populaire au niveau des
institutions financières internationales. Sa maîtrise de l’inflation et son
taux de croissance de 5% depuis trois ans le qualifient pour accéder à
l’initiative PPTE, qui apportera un répit aux sorties de capital sous forme
de paiements handicapants du service de la dette. Selon le groupe de pression
‘‘jubilé 2000’’, cette dette avoisine les $3.183.000.000.
De plus en plus,
le développement économique du Mali est guidé par une équipe gouvernementale
de technocrates bien représentés par le Premier ministre Mandé Sidibé, précédemment
fonctionnaire à Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest,
institution qui émet le Franc CFA. Il est titulaire d’un MBA obtenu aux
Etats-Unis. Ainsi, le prestige du Mali dans la sous-région Ouest africaine est
beaucoup plus important que sa position financière. Pour le petit pays qu’il
est, le Mali a récolté de sa transition à la démocratie bien maîtrisée et
de la résolution du conflit de l’Azaouad, de grandes récompenses en termes
d'importance internationale.
Les expériences
de promotion et de maintien de la paix accumulées avec le conflit du Nord, et
l’approche mettant la sécurité au devant des priorités ont été également
renforcées dans la participation plus importante encore aux missions de
maintien de la paix dans la région. Le Mali a été impliqué dans l'initiative
du RECAMP, un programme financé par la France
en vue de créer une capacité militaire régionale en matière de maintien de
la paix. Ceci inclut l'agrandissement, grâce à l'aide et aux instructeurs français,
de l'académie militaire de Koulikoro, et la participation du Mali à
l’exercice d’entraînement en maintien de la paix
de Guidimakha en 1998, qui s’est déroulé en partie sur le territoire
malien[xxvi].
Le Mali peut assumer ce rôle avec de la crédibilité en tant que petit pays
sans rivaux importants puisque sans intérêts
ou agendas cachés.
L'autorité
morale de ceux impliqués dans la transition démocratique s’est également
manifestée d’autres manières dans l’environnement régional. Le Général
Amadou Toumani Touré, le chef d'Etat militaire pendant la période de
transition, a depuis lors continué à agir en tant qu’ambassadeur régional,
par exemple en tant que représentant de l’OUA pour apaiser le malaise
politique en République centrafricaine[xxvii]. Le Président en poste
Konaré semble également avoir devant lui une carrière post présidentielle
d’ambassadeur régional, peut-être comme dirigeant de la nouvelle union
africaine.
Quels que soient
les intérêts personnels qui vont avec ce statut d’ambassadeur, il est clair
que pour le Mali, comme pour la question de la corrélation entre l’aide et la
démocratisation, le respect international que vaut au pays ses accomplissements
aide en retour à la sauvegarde de sa démocratie. Ainsi, si le Mali pèse de
tout son poids en participant aux processus de médiation et de maintien de la
paix, il est à noter que le pays est également régionalement actif parce
qu'il a des performances en deçà de son poids économique. Puisque la richesse
malienne vient principalement de l'extérieur -ce qui a été mentionné dans la
partie sur le contexte historique- il a toujours été en faveur de l’intégration
régionale. Depuis que Houphouët-Boigny a annoncé que la Côte d’Ivoire indépendante
ne subventionnerait pas les ex pays de l’Afrique occidentale française, le
Mali a été brièvement confédéré avec le Sénégal et s’est préparé
pour une union avec la Guinée, afin d’éviter d'être marginalisé en raison
de la faiblesse de ses ressources. Historiquement,
tous les régimes maliens ont été des intégrationnistes convaincus à un
moment donné, et le Mali a une clause dans sa constitution lui permettant de
renoncer à sa souveraineté si le besoin se fait sentir. Actuellement, le Mali
est un membre actif de l'UEMOA[xxviii] (zone CFA) et de la
CEDEAO, dont il espère beaucoup, à l’image de ce que gagnent les petits pays
membres de l’Union européenne. Le président Konaré a été un président
actif des deux organismes.
Il y a un
dernier point à relever dans cette mise en perspective régionale de l’expérience
d Mali : une école de pensée établie soutient que le changement démocratique
(et autre) se répand des grands pays régionaux à leurs plus petits voisins.
Mais le Mali et les autres états qui ont connu des transitions réussies à la
règle démocratique par la voie de la conférence nationale l’ont réussi
tandis que les géants de l’Afrique de l’Ouest comme Côte d’Ivoire et
Nigeria restaient sous le joug de dictatures. Ceci rend leur accomplissement
encore plus digne d’intérêt.
DES RAISONS D’ÊTRE SCEPTIQUE
Jusqu'ici, nous
avons examiné beaucoup d’indicateurs positifs de l’avenir démocratique du
Mali. Mais on doit aussi exprimer une note d'avertissement : la tâche qui
consiste à maintenir les avancées de la réforme démocratique et la
participation politique populaire peut être compromise par un certain nombre de
facteurs[xxix].
Certains de ces
facteurs sont liés à l'environnement politique régional. Nous avons déjà vu
que le Mali est un avocat actif de l'intégration régionale. Mais cela ne
signifie pas que l'intérêt national est toujours en harmonie avec celui des
voisins, comme l’a bien montré par exemple le conflit avec le Burkina Faso en
1974 et 1985 à propos de la zone frontalière de la bande d’Agacher riche en
minerai.
Plus
récemment,
les menaces à la stabilité régionale ont émané des conflits dans les États
de l’organisation du fleuve de Mano. Bamako a un nombre considérable de réfugiés
provenant de cette zone, qui ont choisi la ville comme résidence définitive,
ou qui, avec des migrants d'autres Etats d’Afrique de l’Ouest, utilisent
Bamako comme premier point de chute sur le chemin du Maghreb et de l’Union
européenne. La situation en Mauritanie voisine pourrait également être un
sujet d'inquiétude: à l’heure actuelle, plusieurs de ses citoyens noirs sont
déplacés dans des camps de réfugiés au Mali, et une autre détérioration
dans des relations politiques et inter-ethniques peut considérablement gonfler
ces nombres.
Le potentiel de
migrations beaucoup plus grandes et fatalement déstabilisantes existe, en
raison de la rhétorique nationaliste maintenant utilisée par quelques
politiciens ivoiriens. En particulier, la tendance de Laurent Gbagbo à redéfinir
l’ivoirité de manière chauvine, s' il devaient l’emporter, pourrait poser
des problèmes graves pour les 2 millions de Maliens environ vivant et
travaillant dans ce pays[xxx]. Si de tels ouvriers
devaient être rapatriés de force en raison du déclin économique (il y a un
précédent en Afrique occidentale sur ce point), l'afflux des réfugiés serait
probablement au delà des capacité d’accueil dont dispose le Mali.
La prolifération
des armes provenant des conflits de la région du fleuve Mano est un danger dont
le Mali se rend bien compte, et face auquel il a, comme nous l’avons vu
ci-dessus, pris des mesures actives. Le danger demeure toujours, cependant, que
les groupes en dehors du processus démocratique trouvent les moyens de
s’armer eux-mêmes pour se faire entendre. Ce serait probable seulement au cas
ou les problèmes domestiques actuels du Mali atteignaient un point tel que le
pays soit dans l’incapacité à y faire face.
Les problèmes
à analyser à cet égard ne sont plus le sous-développement des régions
rurales comme en 1990-1996. Les nouvelles menaces viendraient plus des villes
surpeuplées du Mali, de leur jeunesse sans emploi, des enfants de rue et des
leaders étudiants protestant contre la crise constante dans l'éducation et les
maigres perspectives d’avenir. Sur ce dernier point, l’État n’a pas de
capacité d’intervention à l'heure actuelle[xxxi].
La question
de la jeunesse
La dernière
crise de la sorte mentionnée ci-dessus, qui devrait servir d’avertissement a
eu lieu en 1994. À ce moment, la dévaluation de 50% du franc CFA, la faiblesse
des salaires des employés de l’état, la crise dans les écoles et dans
l’enseignement supérieur[xxxii],
la dénonciation du gouvernement autoritaire par l’ADEMA, la désaffection des
partis de l’opposition extra parlementaire
et l'austérité imposée par la Banque mondiale, toutes ces mesures ont
mené aux protestations qui ont conduit à la démission du Premier ministre
Abdoulaye Sow. Son remplacement par Ibrahim Boubacar Keita a échoué à arrêter
les manifestations, qui ont dégénéré en actions violentes qui ont abouti à
la fermeture des écoles et à une grève sous forme de journée ville morte. Le
processus est allé jusqu’à l’érection de barricades armées dans les rues
de Bamako par des cadets de gendarmerie (ayant causé un décès), avant que les
mesures de réconciliation calment la situation. Cet exemple montre comment la démocratie
malienne a été facilement mise au bord de l'effondrement par une combinaison
de facteurs, auxquels nous pourrions ajouter la dégradation environnementale
comme autre cause possible d'instabilité. Si les conditions de 1994 devaient se
répéter dans une Afrique occidentale inondée des armes des conflits de la région
du fleuve Mano, les résultats pourraient être catastrophiques. L'insuffisance
de l’infrastructure éducative
combinée avec l'incapacité de l'économie à absorber des bacheliers et des étudiants
a également mené un nombre significatif de jeunes dans les villes et les
centres régionaux à se mobiliser derrière une forme d’islamisme politique
qui est souvent sceptique sur la valeur du processus démocratique. Si ces
groupes demeurent en dehors du système, ils pourraient présenter une source
d’inquiétude pour plusieurs raisons : parce qu’ils sont susceptibles
de se développer si les conditions économiques empirent, du fait qu’ils sont
facilement réceptifs aux idéologies et aux influences extérieures (peut-être
extrémiste), du fait qu’ils sont alors mobilisés en tant que critique
sociale, et (le plus probable) du fait qu’ils représentent un réservoir de
malcontents qui peuvent être mobilisés par des politiciens pour assouvir leurs
ambitions.
Il y a également
des questions latentes moins dramatiques, qui peuvent affecter la mise en place
d’une véritable méthode participative de gouvernement au Mali. La plus
importante parmi ces questions est la celle de groupes qui sont ou qui se
sentent exclus des processus politiques. Nous pouvons en relever trois:
LES GROUPES
RURAUX : la politique de l’élite du Mali s'est traditionnellement concentrée
sur des centres urbains et administratifs, une anomalie et une inadvertance
arrogante dans cette nation principalement rurale. Les dangers d’oublier les
communautés plus éloignées dans des calculs politiques ont été démontrés
par le conflit de l’Azaouad, où les nomades Touareg ont pris les armes pour
se faire entendre, et plus tard, quand les Songhaï sédentaires ont également
formé des milices puisque que le gouvernement central n’arrivait pas à
assurer leur sécurité. De même, les avantages à braver le réseau routier
malien décrépit pour porter la politique à la campagne éloignée ont été
prouvés dans les élections 1992, dans lesquelles l’ADEMA, la seule formation
qui a pris la peine de faire campagne dans les zones rurales a remporté le
scrutin avec une confortable avance.
LES FEMMES: en dépit
de la présence plus grande des femmes dans la vie publique en Afrique
occidentale par rapport à d'autres parties du continent, et en dépit de la présence
de femmes activistes dans le système politique actuel, la vie politique demeure
fortement dominée par les hommes bien qu'en avril de cette année, Sidibé Awa
Sanogo ait été la première femme à annoncer sa candidature à la présidentielle.
L'anomalie est plus aiguë au niveau local, où des décisions publiques et
communautaires tendent à être prises par les hommes avec l'accord présumé
des femmes. Il devient plus important de permettre aux femmes de devenir des
acteurs politiques dans la mesure où les administrations locales se voient
attribuer plus de pouvoirs. À cet effet, les O.N.G. telles que le National
Democratic Institut basé aux États Unis se concentrent actuellement sur la
manière de renforcer la participation politique des femmes.
LE BELLAS:
en tant que groupe marginalisé, ils sont un problème spécifiquement Sahélien.
Ils sont les descendants des esclaves des Touareg, et parmi eux de ce fait, la
proportion de gens en situation de pauvreté extrême est plus grande. Bien que
la plupart ne soient plus dans des rapports d’assujettissement traditionnels
avec des clans Touareg particuliers, ils sont encore parfois méprisés. Comme
la capacité des nomades à maintenir des gens en esclavage et que le besoin de
leur travail diminuait, beaucoup de Bella ont quitté le désert pour les villes
comme Gao et Tombouctou, où ils habitent dans les huttes, vivent d’expédients
et cherchent un travail occasionnel (ou travaillent sur contrat dans des
entreprises telles que les mines de sel de Taoudenni). Les sécheresses du Sahel
ont aggravé la position des Bella dans la structure sociale, et bien qu'il y
ait quelques signes d'amélioration (principalement parmi les jeunes, qui
peuvent gagner leur pain en agissant en tant que guides d'excursion en
particulier dans la région de Tombouctou), on ne voit aucune initiative
significative du gouvernement visant à stabiliser leur situation ou
encourageant leur participation politique. Les dangers que représente
l’existence d’une classe permanente de déshérités se trouvant dans une
pareille situation sont évidents, et il est urgent de s’y attaquer
rapidement.
Tout les exclus
et les groupes marginalisés évoqués ci-dessus sont significatifs car ils
renvoient à une des plus grandes menaces à la démocratie malienne :
l’apathie des électeurs. Bien que ce soit également un problème dans les
anciennes démocraties occidentales, sa signification est différente ici, car
l'apathie publique peut encourager les groupes réactionnaires à croire qu'il y
aurait peu d’opposition à un retour au gouvernement autoritaire, et ils sont
ainsi tentés d’essayer des coups, des assassinats, etc... Cette apathie est
un problème très réel: même dans les premières élections législatives démocratiques,
seulement 43% de l'électorat a voté, et ce taux a baissé à 20% au dernier
tour du scrutin présidentiel. Aux élections présidentielles de 1997, les
groupes radicaux d'opposition boycottant l'élection ont estimé que le taux de
participation de seulement 28,4% rendait la victoire de Konaré illégitime[xxxiii].
Il est essentiel
que le gouvernement malien soit considéré comme légitime aux yeux des gens
pour sa viabilité future. Cependant, une grande partie de l'apathie de ces
dernières années est elle-même le produit de la mauvaise organisation du
processus électoral. Le fiasco des élections organisées par la commission indépendante
précipitamment créée (la CENI) n'a pas aidé à engendrer des perceptions
populaires favorables à la confiance dans le processus démocratique du pays.
La conséquence (en termes de perturbations et de réconciliation avec des
partis d'opposition) s’est étalée jusqu’en 1998. En particulier, le phénomène
des boycotts décourage mais ne surprend pas de ce point de vue. De ce fait, le
ministère de l'administration territoriale (sous Ousmane Sy, le maître d’œuvre
du programme de décentralisation) a organisé les scrutins de 1999 avec l'aide
constructive de l'armée (une situation peu commune pour la région) avec la
CENI dans un rôle d’observateur. Il semble que les élections de 2002 seront
organisées par le même ministère, mais avec une liste électorale révisée
pour satisfaire les partis d'opposition au sujet de la possibilité de
multiplication des votes : à cet effet des cartes d’électeur ont été déjà
annulées et réimprimées en raison des irrégularités alléguées et des révisions
aux lois électorales ont été adoptées par l'Assemblée nationale avec le
grand soutien aussi bien du gouvernement que de l'opposition. Cependant des
plaintes au sujet du système et de la préparation des élections sont toujours
en train d’être exprimées, il semble que la classe politique malienne en général
tienne à avoir un processus efficace, visiblement légitime, qui engage les
masses populaires. Il est dans l'intérêt de la plupart des partis de déployer
un effort considérable afin de réussir cela.
Ceci nous mène
à la question de la ‘‘fatigue démocratique’’. Il y a un danger dans
beaucoup d’Etats d’Afrique occidentale que l'unité nationale et le
consensus populaire forgés lors du renversement de dictateurs installés de
longue date commence à s’éroder avec l’installation du gouvernement démocratique.
Les coalitions telles que l’ADEMA peuvent se briser en raison de conflits
internes et, si la politique devient le jeu privé d'une élite, le public peut
commencer à y perdre de l’intérêt. Plus encore, si le régime démocratique
ne garantit pas la sécurité physique, la population est plus réceptive à
ceux qui offrent une solution radicale (telle qu'un coup militaire). De l’avis
du responsable malien d'ONG précédemment cité, la réalité économique
actuelle tend à altérer l'adhésion de la population à la démocratie.
On ne peut pas
souligner assez que la plus grande garantie de la stabilité du gouvernement démocratique
est que la masses populaires continuent à s'inquiéter à son sujet. Le problème
est pressant dans le cas des élections municipales et locales. Les gens doivent
rester impliqués dans ces processus pour assurer le fonctionnement du
gouvernement décentralisé et comme des vecteurs démocratiques pour qu'ils
puissent maîtriser leur développement à un niveau local. Il y a toujours des
conflits autour des enjeux de la décentralisation et une grande variété de
vues quant à la façon dont le système devrait fonctionner: beaucoup sont
d’avis que le système reste trop dominé par l’exécutif central, qui
retarde la consolidation du développement démocratique à d'autres niveaux. La
démocratie malienne demeure un processus en cours et elle doit maintenir les élites
et les bases impliquées afin de conserver une chance de survie.
LES ÉVOLUTIONS PROBABLES DANS L’AVENIR
Les élections
2002, qui emballent déjà des acteurs politiques maliens, ne sont pas
susceptibles d'apporter des changements radicaux dans la politique intérieure
ou étrangère. En l'absence de crise imprévue, et étant donné des facteurs
tels que l’autorité plus ou moins établie des autorités politiques civiles
sur les militaires, il est peu probable que la politique malienne se radicalise
au point de permettre à un leader autoritaire de s’emparer du pouvoir. De même,
étant donnée la voix de plus en plus forte des groupes divers dans la vie
publique, il est peu probable qu'un leader puisse avoir la marge de manœuvre
pour abuser du pouvoir et violer la constitution. Néanmoins, il est possible
que beaucoup de Maliens puissent percevoir un pouvoir fort comme souhaitable
compte tenu des crises périodiques assaillant la nation et la vie politique, et
ceci peut encourager les politiciens dans l’avenir à agir de manière de plus
en plus autoritaire[xxxiv]. Le rejet d’une
proposition de référendum faite par l’ADEMA en vue d’une révision
constitutionnelle l'année dernière ne signifie pas que la question ne réapparaîtra
pas sous un autre président en tant qu’outil d’extension des pouvoirs.
Quel que soit le
président et le gouvernement qui sortiront victorieux du Mali est susceptible
de procéder selon les mêmes paramètres :
-
réformes économiques néo-libérales
-
maintien des liens amicaux avec les donateurs pour
assurer la continuité des flux d’aide,
-
travail dans l’optique d’une coopération régionale
plus étroite et d’une intégration économique,
-
prise d’un rôle majeur dans la résolution des
conflits régionaux et dans les
initiatives régionales de contrôle des armes,
-
mise en œuvre de politiques publiques et sociales
orientées vers le développement et la gestion, en réponse aussi bien aux
pressions de la société civile et qu’à la menace du malaise social.
La question de
savoir qui hériteront du fauteuil de chef d'Etat et de chef de gouvernement est
importante car le style de leadership donnera la tonalité aux débats et à
l’action, comme nous l’avons vu à propos du modèle conciliant qui a marqué
la majeure partie du règne de Konaré et de son parti, l’ADEMA.
La liste
succincte des candidats probables se compose à l'heure actuelle de trois
provenant de l’ADEMA ainsi que d'autres provenant des oppositions
parlementaire et extra parlementaire. Les candidats éventuels de l’ADEMA sont
l’ancien ministre des finances Soumaïla Cissé (actuellement ministre des
transports, de la gestion territoriale, de l’urbanisation et de
l’environnement), le Premier ministre technocrate en poste, Mandé Sidibé
ainsi que Soumeylou Boubèye Maïga, vice-président de l’ADEMA et ministre
des forces armées et des vétérans. Hors de la coalition au pouvoir,
Ibrahim Boubacar Keita, un homme en vue mais controversé, qui a causé une
scission dans le parti à cause de ses tendances radicales supposées
lorsqu’il a été élu à la présidence de l’ADEMA en 1994[xxxv],
est en course. Il est candidat de l'alternative 2002, qui a été transformé le
3 juillet 2001 en Rassemblement pour le Mali, le soixante-quatorzième parti
politique du pays. Keita a d’important appuis de personnes dans plusieurs
secteurs de la population, personnes qui sont en position d’influencer les électeurs
dans leurs communautés. L'opposition regroupée dans le COPPO[xxxvi],
qui représente une coalition des partis et de groupes de pression aussi
disparates que le MPR (héritier du parti unique de Traoré) et des éléments
de l’US-RDA (parti socialiste africain de Keita) est supposée soutenir la
candidature de Choguel Maïga du MPR.
Bien que
l’ADEMA soit souvent considérée comme une force politique fragilisée et
faiblement unie, il est clair que très peu de questions unissent les membres du
COPPO, et que beaucoup de retournements d’alliances et des factions existent
dans les deux camps. En outre, le CNID, l’autre parti qui a joué un rôle
dans la transition démocratique, et les alliés de l’ADEMA que sont l’UDD
et le PDP (partis d’opposition modérés) disposent de bases de soutien. Dans
cette situation de fragmentation, une bonne chance de succès semble se trouver
du côté d’Amadou Toumani Touré, ex-président de la période post conférence
nationale. Sa retraite des forces armées le 19 septembre fait que sa
candidature, bien qu'encore non annoncée, soit très probable – surtout
lorsqu’on sait qu’il dispose d’un site Web qui sert de machine
publicitaire sur sa ‘‘vision pour le Mali’’[xxxvii].
Sur le plan interne, son rôle dans le renversement de Traoré et le retour ultérieur
à la démocratie lui ont donné une importante aura et un respect populaire,
qui se confirme à l’échelle régionale par sa participation aux initiatives
de résolution des conflits, notamment en République centrafricaine. Cependant,
selon certaines sources, il est impopulaire dans une composante significative de
l’élite politique malienne influente. Sur le plan international, ses
relations avec des dirigeants de l’ONU et des USA (compte tenu des priorités
américaines et occidentales depuis le 11 septembre) de même que sa situation
de musulman modéré et attaché au maintien de la paix augurent bien de ses
capacités à défendre davantage la position et les intérêts du Mali.
De manière plus
large, l’absence de dauphin clair au sein du gouvernement est réellement une
bonne chose pour la démocratie malienne. Le processus électoral est un jeu
ouvert à tous les candidats et n’est pas vu comme joué d’avance. Il y a
ainsi de réels enjeux, plus d’intérêt public et une plus grande
participation populaire (nous pouvons voir comment un jeu
joué d’avance crée l’apathie des électeurs si nous pensons à la récente
élection générale en Grande Bretagne). Mais quel que soient les gagnants,
leur rôle dans le maintien de l’unité nationale sera problématique. La légitimité
de la présidence de Konaré semble directement liée à la vague populaire qui
a déposé Traoré : le gagnant devra jouer le rôle de Mbeki, Konaré ayant
quelque peu joué le même rôle conciliant que Mandela.
Les élections
de 2002 comporteront également une nouveauté sur la scène politique malienne:
l'apparition probable dans ce pays musulman d’un vote de type islamiste[xxxviii],
en raison du fait qu’un petit nombre d'activistes religieux critiquent la
nature séculaire de l'’Éat et du gouvernement sortant.
Au delà de
toutes les questions des personnalités et des alliances, l'issue essentielle à
mesure que l’on s’approche des élections de 2002 est que cette
participation populaire et les institutions de la démocratie malienne doivent
rester fortes. Si le gouvernement procède en dirigeant le pays en prêtant une
oreille attentive aux soucis du peuple (et non avec des options extraverties ou
conformes aux intérêts d’une petite élite), les maliens continueront à se
préoccuper profondément des institutions et des processus par lesquels elles
sont régies, et continueront à les surveiller avec une perspective
constructive mais critique.
Il n’est pas
simplement important pour les maliens, mais aussi pour les voisins du Mali dans
cette région souvent instable, et pour la communauté internationale, que la démocratie
soit irréversible et consolidée. Ceci signifie le respect de la constitution
et du processus électoral, des campagnes électorales paisibles et sereines, le
maintien de relations fonctionnelles entre les administrations nationales et les
administrations locales décentralisées, le respect des différents droits et
libertés par delà les intérêts de l’État et l'accès continu aux
processus gouvernementaux. Cela signifie qu’il faille approfondir le travail déjà
en cours et utiliser le gouvernement comme cadre non autoritaire, enraciné dans
des concepts et des conditions locales afin que le peuple y vive et s’y épanouisse.
Conclusion
Nous avons vu
qu’en dépit d’un environnement économique, social et régional périlleux,
une démocratie utilisant les ressources humaines et le capital social au lieu
du capital financier et des ressources institutionnelles a été établie au
Mali. En outre, il y a de bonnes raisons de penser que le Mali fonctionne comme
une communauté nationale – perspective justifiée par l’histoire et par la
manière dont les crises récentes ont été négociées. Dans la mesure où le
pays approche du prochain obstacle, il semble que le danger principal vient non
pas d’une intervention militaire, des rébellions ou d'un coup réactionnaire,
mais de l’érosion de l’intérêt populaire pour la démocratie
participative et le flétrissement des institutions conçues pour permettre au
gouvernement élu de fonctionner à tous les niveaux locaux et nationaux. Si on
les laisse sombrer en raison de la négligence des citoyens ou de la communauté
internationale, alors l’État deviendra une proie facile pour des tentatives
de déstabilisation que nous avons évoquées ci-dessus. On ne doit pas
permettre que la démocratie malienne devienne un processus dicté par le haut
car elle deviendrait alors une coquille vide. Ses structures deviendraient de
vaines institutions destinées à légitimer l’extraction de ressources et le
sous-développement de la nation au profit d’un nombre réduit de privilégiés,
comme cela était le cas avant 1991.
------------------
Olly
Owen, Londres, le 13 mars 2002
Pour
de plus amples informations sur ce papier et tous les autres documents de
travail, s’il vous plaît prenez contact avec
le
Centre pour la Démocratie et le Développement, Londres
Téléphone:
+ 44 (0)207288 8666, fax: + 44 (0)20 7288 8672, E-mail: olly @ cdd.org.uk
Traduit
de l’anglais par Mamoudou Gazibo
[i]
Contrairement par exemple au cas du Rwanda, pays dans lequel la colonisation
belge a activement renforcé la position des Tutsi par rapport aux Hutu,
semant ainsi les germes d’un conflit ethnique étalé sur des
générations.
[ii]
La seule différence par rapport au système colonial étant que ceux qui à
présent exercent un pouvoir autocratique sont des indigènes.
[iii] David Rawson, ‘Dimensions of Decentralisation in Mali’ in R. James
Bingen, David Robinson & John M. Staatz, Democracy and Development
in Mali (Michigan State University Press, Chicago, 2000).
[iv]
World Factbook 2000.
[v]
West Africa
Magazine No.
4278, (4th-10th June 2001).
[vi]
R. James Bingen, ‘Agrarian Politics in Mali’ in Bingen et al.
[vii]
Africa South of
the Sahara 2000,
(Europa Publications, London, 2000).
[ix]
Brenner, in D. Cruise O’Brien in R. Werbner and T. Ranger (eds), Postcolonial
Identities in Africa (Zed Books, London, 1996).
[x]
Un exemple confirmant cela est l’incapacité du gouvernement (malgré une
grande volonté d’agir et le soutien de beaucoup d’organisations
internationales) de stopper le flux d’objets historiques pillés sur les
sites historiques à des fins d’exportation.
[xi]
Comite National d’Initiative Démocratique.
[xii]
Alliance pour la Démocratie au Mali.
[xiii]
Voir Clark, ‘From Military Dictatorship to Democracy: The Democratization
Process in Mali’ in Bingen et al.
[xiv]
250 F CFA étant à l’époque le prix d’une bouteille de vin remplie de
pétrole ainsi que d’un paquet d’allumettes destinés à intimider les
partisans de factions politiques rivales.
[xv]
Robin-Edward Poulton et Ibrahim Ag Youssouf, A Peace of Timbuktu (UNDIR,
Geneva 1998).
[xvi]
Voir par exemple Rawson sur la question de l’État jacobin, in Bingen et
al.
[xvii]
Jennifer C. Seely, ‘Coopting the Tuareg threat in Mali’ in Journal of
Modern African Studies Vol.39 N0 3
[xviii]
Boubacar Ba, Directeur d’‘EVEIL’ (communication personnelle, juillet
2001).
[xix]
John Uniack Davis, ‘Classrooms of Democracy’ in Bingen et al.
[xx]
Aghatam Alhassane, ‘Democracy and the Peace Process’ in Adebayo Adedeji
(ed) Comprehending and Mastering African Conflicts (Zed Books,
London, 1999).
[xxi]
Il est important de noter que la suprématie de l’ADEMA ne résulte
probablement de règles qui favorisent ce parti, mais de la fragmentation de
l’opposition (57 partis en 1995)
[xxii]
Pour plus de détails, voir Africa South of the Sahara 2000.
[xxiii]
Poulton & Youssouf, A Peace of Timbuktu.
[xxiv]
Richard Vengroff & Michael Magala ‘Senegal’s 2000 Presidential
Election’ in The Journal of Modern African Studies Vol.39, No.1
(2001).
[xxv]
Economist
Intelligence Unit Country Report on Mali,
(July 2000).
[xxvi]
Simon Massey ‘Keeping the Peace or Maintaining Influence?’
Conference Paper, ASAUK Biannual Conference ‘Africa: Past, Present &
Future,’ Cambridge, 11-13 September 2000.
[xxvii]
Amadou Toumani Touré ‘Mastering African Conflicts’ in Adedeji op cit.
[xxviii]
Union Économique et Monétaire Ouest Africaine.
[xxix]
Je remercie B. N’Diaye pour ses commentaires sur ce point.
[xxx]
On en voit déjà les effets avec la baisse des transferts d’argent et le
déclin des exportations via Abidjan (Londres, Economic Intelligence Report
Unit, 2001)
[xxxi]
Bien qu’ici l’image ne soit pas aussi sombre qu’elle pourrait paraître
de prime abord. Une autre solution pouvant émerger du capital social malien
provient des écoles franco arabes appelées Madrasas, qui instruisent la
jeunesse de manière moderne mais différente. Les Madrasas existent en plus
des écoles coraniques traditionnelles, qui sont plus des refuges pour
enfants de rues que des écoles dans le sens conventionnel.
[xxxii]
Situation aggravée par le fait que la capacité éducative du mali n'est
plus soutenue par des programmes éducatifs d'outre-mer des pays communistes
comme c’était le cas pendant la guerre froide.
[xxxiii]
Africa South of
the Sahara
(London, Europa Publications, 2000).
[xxxiv]
Ce qui est peut être plus tentant pour ceux qui ont commencé leur carrière
sous le régime autoritaire.
[xxxv]
Keita a été désigne comme candidat du parti en 1999, mais sa démission
du poste de Premier ministre en 2000 suite à des accusations de corruption
a réouvert la course à l’investiture.
[xxxvi]
Collectif des Partis Politiques de l’Opposition.
[xxxviii]
Point fait par la BBC sur l’Afrique, 8 Janvier 2002.